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La démocratie sociale, seule alternative au libéralisme

texte publié le 14-03-2016

La gauche est en crise. Au-delà des rivalités de personnes et des petits calculs politiciens, cette crise révèle l'incapacité de la gauche à fonder ses nouveaux marqueurs politiques et à assumer son rapport à la réalité.

La gauche est une mosaïque dont chaque élément exerce un rapport de forces avec les autres composantes de cet ensemble: l'extrême gauche cherche toujours à intimider le gouvernement, la gauche écolo a bien du mal à trouver son développement durable, le président tente de gouverner dans un cadre démocratique. 

Et toute la difficulté provient de ce que la vie démocratique - qui ne se situe pas uniquement dans les urnes - oblige les dirigeants à rencontrer le réel tout en cherchant à ne pas se départir de leurs discours. Toute la difficulté démocratique vient de ce que les électeurs qui avaient fait un choix dans les urnes, appellent aussi de leurs voeux des changements que la réalité commande et/ou qui contredisent parfois leurs votes.

La gauche française est de fait encore engluée dans ce qui a forgé son identité première. Plus directement, la gauche n'a pas vraiment rompu avec le discours marxiste et déterministe, ce qui lui interdit de proposer une alternative au discours classique. Notre rapport à la démocratie exige de nous une analyse du monde plus éloignée des fantasmes et qui sorte des postures hors sol. La mondialisation et le sens du réel dans ce contexte ont d'ailleurs nourri nos appareils politiques de promoteurs de politiques qui, à force de ne plus savoir réconcilier le rêve proposé et la réalité du pouvoir, ont fini par justifier la révolution néolibérale. Le monde est trop violent pour cela: il est trop cruel pour respecter les équilibres théoriques pronostiqués sur le papier. Il nous faut renouveler notre grille de lecture du monde.

Je plaide pour que la gauche engage un travail pour penser une nouvelle démocratie sociale, et non pas une social-démocratie. A mon sens, la social-démocratie, autrement dit un parti socialiste adossé à des forces syndicales, est un projet dépassé. En revanche, il nous faut développer un modèle et des marqueurs politiques, la démocratie sociale, pour rejeter l'option libérale.

La gauche doit choisir, à l'entrée de 21ème siècle, entre d'une part une orientation libérale ou néolibérale du socialisme, et d'autre part, une orientation sociale, la démocratie sociale qui vise à préserver les droits fondamentaux dans les domaines social et politique, une constitution sociale conforme à ces droits fondamentaux et des droits à la liberté négatifs et positifs. La différence entre le libéralisme et la démocratie sociale réside dans la manière de répondre à la question suivante : quelle relation devrait-il y avoir entre Démocratie et Marché? Le capitalisme de marché, sans régulation, comporte des forces qui favorisent les inégalités et les insécurités. Ces forces mettent en danger jusqu'à la légitimité et la stabilité démocratiques. La démocratie sociale cherche, elle, à offrir une démocratie d'une part équitablement accessible à tous dans la société, et d'autre part, qui garantisse l'équilibre social.

En somme, le choix que nous devons faire entre une orientation sociale ou libérale à notre démocratie, dessinera les rapports entre l'État et le marché que nous voulons. La question de l'État est donc centrale en ce début de siècle. Je plaide pour que l'État soit cet acteur qui offre une alternative - dans certains cas - au marché, une régulation - autant que possible - aux rapports de forces entre droits et intérêts. Ce choix nous dira si nous sortons de l'écueil de l'expertise pour décider: l'expert est porteur de règles, nous avons besoin de choix. Et que l'on ne dise plus que nous avons besoin de confier nos choix aux experts parce que tout est trop complexe ou compliqué: l'éducation de masse et la surinformation sont autant d'outils pour que tout le monde participe aux débats. Nous n'avons pas besoin d'expertises, mais d'analyses, auxquelles peuvent évidemment contribuer des "experts".

Notre vie démocratique ne supporte plus les châteaux, les citadelles qui régentent les plaines. Notre démocratie se fondent de plus en plus sur la mise en réseau des individus, des opinions, des connaissances, des expériences, des analyses. Et ce réseau, ce grand bazar, n'accepte plus que des dominants viennent expliquer ce qui est bien, ce qui est mal. Chacun dans son coin n'a pas forcément les outils pour tout analyser. Mais chacun dans son coin a les moyens de douter, de remettre en question, de confronter des paroles à sa réalité, et d'apporter un point de vue, un éclairage. Toute cette vitalité -qui ne se limite pas à du numérique, mais se ressent aussi dans le besoin de parole citoyenne - est un atout formidable pour sortir de nos cadres intellectuels désuets.

Laurent Berger a écrit qu'une proposition qui tombe de haut sans prévenir à peu de chances de survie. Certes. Il faut en retour que les propositions puissent être montantes et donc entendues. N'oublions pas que ce ne sont pas les leaders qui font la France, mais la France qui fait ses leaders. Ce qui signifie que, à mon humble point de vue, la vie réelle des personnes, et non pas une vie rêvée pour eux, doit retrouver sa place au coeur de la démarche politique . Partir du réel n'impose pas de s'y plier. Partir du réel doit permettre de l'élever à l'idéal, comme le dit Stéphane Rozès. Prenez la parole.

13 commentaires

Magnifique billet dont je partage le point de vue et que je trouve fort intéressant...Merci d'être aussi bien pensant (sens litéral), ça fait du bien dans un monde fou! :-)

Caroline - 14/03/2016 16:07

Vous mettez les mots sur le fond de ma pensée...encore, merci.

Caroline - 14/03/2016 16:09

Je me permets de vous dédicacer ce texte que j'ai écris, un peu comme dédié à ceux qui croient encore à quelques valeurs communes et un idéal de gauche : https://zavatabuenblog.wordpress.com/2016/02/01/lettre-a-jaures/

- 14/03/2016 16:28

Très idéaliste...! La gauche est en miettes, elle est coupée au moins en 2 voire 3 morceaux. Elle vient de se couper des jeunes qui est la base de son électorat ...
Qu'attends tu comme débat ? La démocratie participative avec des gens qui ne réussissent pas à s'entendre sur le moindre sujet ...! Comment te dire qu'il ne s'agit plus d'idéal mais d'utopie! Mais je suis d'accord avec Caroline. Le papier est joli...:-)

Sophie - 14/03/2016 17:17

Je trouve cette note très intéressante. La relation entre Etat et marché est une question essentielle. La notion clé est celle de l'intérêt général. Il incombe à l'Etat d'assurer cet intérêt général ce qui implique nécessairement des compromis, au sens positif du terme, entre les différents intérêts particuliers. A cet égard, les syndicats sont défenseurs des intérêts particuliers des salariés et s'égarent, à mon sens, s'ils ambitionnent d'être les garants de cet intérêt général qui relève du politique, c'est-à-dire de l'Etat. Il est tout aussi évident que le marché n'a pas pour rôle de préserver cet intérêt général et ne peut le faire mécaniquement. Il n'y a rien de plus inquiétant que d'entendre les tenants du libéralisme dire qu'il s'agit de laisser le marché agir sans contraintes pour lui permettre d'assurer le bien-être de tous. L'affirmation du rôle de l'Etat dans le domaine économique au nom de l'intérêt général doit être un marqueur de gauche.
Trop de gens de gauche ont peur de le dire par crainte d'un amalgame avec la gestion administrative de l'économie par les régimes communistes aujourd'hui disparus pour la plupart.

Rafaël - 14/03/2016 21:14

L'espoir qui nous tient, c'est là l'important...

- 14/03/2016 21:42

Cette réflexion me semble un peu courte. Le monde bouge c'est exact, mais en même temps c'est normal. Les positions du monde économique n'ont pas bouger. Les femmes ne sont toujours pas égaux faces aux hommes, l'entreprise est toujours pyramidale, les riches sont de plus en plus riche et les pauvres de plus en plus pauvres. Ceci provoque des guerres de religion qui aujourd'hui déstabilise le monde. Pour construire une nouvelle identité économique, il faut - de mon point de vue - rétablir un équilibre humain, c'est à dire changer notre base de réflexion. Le syndicalisme est une richesse et non un projet d'une autre époque.

jean-Luc GAULTHIER - 15/03/2016 06:20

"Assumer son rapport à la réalité" est devenu une affirmation quasi obsessionnelle aussi bien pour la gauche que pour la droite. les premiers souhaitent encore orienter le réel dans le sens de leurs valeurs ; les derniers considèrent que la réalité est de leur côté et partant qu'il n'y a pas d'autres alternatives que le néo libéralisme malgré la foire d'empoigne actuelle.
Quelle est notre marge de manoeuvre dans un monde où l'essentiel des voyants sont au rouge ?
Aussi, me console-je à la lecture d'intellectuels qui réinterrogent précisément nos catégories devenues obsolètes à l'instar de Louis Marion.
Extrait : "Peut-être après tout que la crise n'est pas tant liée aux mauvais intentions humaines qu'au fait que ce ne sont plus véritablement les humains qui prennent les décisions sur l'avenir du monde. Ce sont davantage les entreprises, les fonds d'investissement, les organisations qui décident désormais de notre sort. C'est-à-dire que la "dynamique capitaliste relève bien plutôt d'un mécanisme automate que est de faire avec de l'argent une production de marchandise pour créer à la fin davantage d'argent que l'on en avait au début. Dans le même esprit, la crise écologique et sociale n'est pas davantage liée à une "pulsion anthropologique pour l'avoir et l'apparaître". Celle-ci n'est pas le fait d'un quelconque défaut de l'âme ou d'un désir illimité de biens que la société devrait assouvir, mais le fruit de la logique même du régime d'accumulation dans lequel nous vivons et qui enchâsse les comportement individuels." (louis Marion : comment exister encore ?).

Lessus - 15/03/2016 07:44

ha ha ha... je suis morte de rire...
Libéral vous avez dit Libéral...
Vas falloir demander à Touraine qu'elle augmente le forfait lunette pour que vous puissiez aller voir le trop plein de liberté dont profite la France...
Franchement... soyez sérieux deux minutes.

Eva - 15/03/2016 12:42

On est dans le "communisme de marché".. retournez apprendre vos fondamentaux... ou laissez tomber les analyses économiques, vous n'y connaissez rien

Eva - 15/03/2016 12:45

Une période agonise , un nouveau cycle s 'ouvre qui affole toutes les boussoles .
L 'avenir dépend notamment de ce qui sera proposé par les débats à ouvrir afin de façonner des repères , construire du sens , fabriquer du bien commun , favoriser un nouveau pacte social .
Vous l 'indiquez : l 'époque où un seul acteur avait la solution à un problème et la capacité de la mettre en oeuvre est révolue .
Dès lors qu 'ils s 'estiment concernés ou interpellés , les citoyens ,seuls ou collectivement veulent agir et s 'en donnent les moyens .
Pour la gauche , réfléchir à une nouvelle démocratie, sociale , avec les acteurs politiques , économiques , sociaux, culturels , associatifs est en effet une urgence et un enjeu . Pour cela , chacun , dans son espace partisan ou institutionnel doit revisiter son vocabulaire , ses méthodes , son organisation ; doit " traquer l 'incohérence dans les propositions et l 'inconstance des convictions " . Avec un objectif donc : faire émerger un nouveau pacte social co - construit que l ' Etat fera respecter et dont il garantira
l 'application .


Jean - Yves Failler - 15/03/2016 15:20

très bien dit Jean-Yves! Je vous rejoins!

Caroline - 17/03/2016 12:31

François, merci de ce billet, mais j'ai un vrai doute sur le sens des mots que tu utilises. Premièrement, tu opposes libéralisme et démocratie sociale. Mais précisément, si l'on admet l'hypothèse que la démocratie sociale consiste à laisser les partenaires sociaux définir par la négociation les normes qui leur sont applicables, on s'aperçoit que les libéraux (dont je suis) raffolent de l'idée et que les étatistes la détestent. Le débat sur la transposition de l'ANI de 2013 dans la loi l'a montré: le PS voulait systématiquement amender le texte négocié par les partenaires sociaux. Deuxièmement, dans un pays où 55% de la richesse nationale devient une dépense publique, où l'activité législative et réglementaire est en expansion permanente, difficile de soutenir que nous vivons dans un "marché dérégulé". Amitiés.

Eric Verhaeghe - 20/03/2016 09:28

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