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Notre identité est plurielle et transversale

texte publié le 15-03-2016

Comment définir l'identité d'un individu ? Je sais que chaque individu est riche d'une grande diversité de caractéristiques.

Un même individu peut très bien être femme, originaire de Turquie, d'ascendance perse, juive non pratiquante, citoyenne belge, wallone, citoyenne européenne, avec un passeport chilien, social-démocrate, handicapée, végétalienne, cycliste, mathématicienne, consultante en organisation, homosexuelle, attachée à la défense des libertés publiques, aimer Francis Bacon et Claude Monet, ne rater aucun blockbuster hollywoodien, danser sur les tubes bollywoodiens et sur du rap, militer pour Greenpeace, jouer aux échecs, aimer le karaoké, mesurer 1,70m, pleurer en écoutant le 3e mouvement de la 4e de Mahler, chanter complètement faux, être athée, croire aux esprits de l'au-delà avec lesquels il vaut mieux communiquer en flamand.

Et vivre en harmonie avec tout cela et avec ce que cette liste forcément incomplète oublie. Un tel individu, indivisible, relève de chacun de ces groupes sans leur appartenir totalement, et chacun de ces groupes contribue à forger son identité. Aucun de ces groupes ne peut définir à lui seul cet individu et celui-ci ne se résume pas à cette liste de groupes. Mais parce que le simplisme vend tellement mieux, la multitude des caractéristiques qui permettraient de commencer à cerner une personne, est délibérément ignorée. Le monde nous est présenté comme une mosaïque de catégories étanches, voire irréconciliables. Et chacun d'entre nous serait tenu de choisir sa catégorie. Parfois, souvent même, en opposition aux autres catégories, en opposition aux individus relevant de ces catégories.

L'idée de devoir appartenir à une identité unique ou à un groupe dont l'importance primerait sur les autres, est le plus sûr moyen de ne pas comprendre l'autre, de forger l'esprit sectaire et de faire naître l'intolérance et son corollaire, la violence. Figer le cadre de l'identité des individus et restreindre celle-ci à deux ou trois éléments simplistes, est un acte de violence. Parler d'identité nationale ou culturelle, fonder une politique publique sur une telle vision sectaire, ouvre le grand bal de la bêtise humaine, rythmé par quelques sombres tambours de la violence.

Notre identité est plurielle. Et cette pluralité fait de nous des individus qui traversent les groupes, les catégories, les cultures, les nations. L'important n'est pas de répertorier toutes nos caractéristiques. Elles sont innombrables et changent dans le temps. L'important est de ne jamais renoncer à notre pluralité, à ce qui fait de nous des individus à part entière.

Notre identité est d'abord transversale. Notre devoir est de ne jamais renoncer à notre transversalité.

4 commentaires

Beau texte, inspiré. Un des meilleurs que j'ai lus de toi. Communautariser c'est mutiler. C'est par notre diversité même que nous sommes uniques et donc que nous valons.

Cécile AKTOUF - 15/03/2016 16:38

Bonjour François,
Pour ma part, j'ai finalement abordé la question sous l'angle de l'héritage et non de l'identité. Je ne suis ni juif, ni pas juif. C'est une part de moi que j'accepte, mais dont j'aurais pu me dévêtir. Et je suis toujours frappé de voir des gens se demander comment agir de manière conforme à l'identité communautaire qu'ils se sont assignée. Quelque part, c'est un pauvre substitut à une personnalité.
Bien à toi,

Arthur Colin - 15/03/2016 17:26

Je crois que la véritable identité est de savoir d'où l'on vient pour savoir ou l'on va....#conviction

- 16/03/2016 02:25

La question de l'identité est une question clivante par essence. Ton texte illustre bien ce piège.
Réfléchir sur les valeurs serait-il plus productif ? Plus transversal ?

Liberté-Egalité-Fraternité

toubib160 - 17/03/2016 08:59

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