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Vivre à l'heure des risques extrêmes

texte publié le 15-03-2016

Nous vivons au quotidien exposés à une multitude de risques. Certains y prennent goût et sont saisis d'une forme de griserie devant le risque pris: vitesse, défis, poussée d'adrénaline...

En majorité, la société souhaite éliminer les risques de son environnement: risques d'insécurité, de maladies, d'accidents, de pertes d'emploi, etc. Le " zéro risque " est presque un slogan politique, certes illusoire, mais qui pose quelques question : sommes-nous atteints d'une plus grande aversion au risque ? Ou notre société est-elle devenue plus risquée ? Ou les deux ?

Il faut déjà distinguer deux types de risques : ceux inhérents à notre système social, dont les effets sont réparables ou peuvent faire l'objet d'une compensation (souvent monétaire), via un mécanisme d'assurance ; et ceux dont la réalisation remet en cause le système lui-même: ce sont les risques extrêmes. Il n'y a pas d'assurance contre les risques extrêmes Le principe de l'assurance contre un risque repose sur la mutualisation des risques. Grâce aux nombreuses observations des risques passés, l'assureur détermine avec précision ce qu'il devra débourser en moyenne pour compenser les sinistres réalisés. L'assuré va, lui, partager avec ses co-assurés le coût potentiel du risque : ce qui pourrait lui coûter cher s'il restait seul face au risque, devient abordable parce que mutualisé.

Rare, donc peu observable, le risque extrême est mal connu, difficile à mesurer, tant dans sa probabilité d'occurrence que son intensité, et la gravité de ses conséquences. Des méthodes d'estimation statistique de sa probabilité d'occurrence ont ben été développées au début du 20ème siècle, pour aider à prévoir certains risques naturels, comme la force d'une crue de rivière, de vagues déferlant sur des plateformes pétrolières, l'usure de matériaux et donc le temps pendant lequel par exemple des installations industrielles sont " fiables ". Mais ces méthodes sont dotées de marges d'erreur importantes. Et notre ce monde qui ne cesse de se transformer, modifie continûment tous les paramètres de ces estimations.

Ensuite, les conséquences du risque extrême sont trop importantes pour être compensées par l'assureur : quelle mutualisation pourrait couvrir ou réparer l'explosion d'une centrale nucléaire ? La mutualisation est impossible au sein d'opérateurs privés comme les compagnies d'assurance. La mutualisation ne peut se faire qu'adosse à un opérateur plus puissant, en mesure de prendre à sa charge l'assurance et les effets des risques extrêmes s'ils se réalisent.

Qui alors ? L'État ? Un groupe d'États ? L'Etan (ou un groupe despotats), assureur en dernier ressort ? La gestion du risque extrême doit-elle revenir à l'État ou à un groupe d'États ? La gravité des effets d'un risque extrême est susceptible de désorganiser au moins partiellement la société : infrastructures détériorées suite à un tremblement de terre, risque sanitaire important compte d'une violente pandémie, etc. L'État qui prend alors en charge ces risques et leurs effets, doit pouvoir exiger une évaluation du risque et décider des mesures préventives. Il doit pouvoir décider, par voie de débat, si l'opérateur (industries du nucléaire, chimique ou pétrolière) apporte à la société un service justifiant les risques encourus. La moindre des choses est qu'il régule. Dans l'évaluation des dégâts dus à la réalisation d'un risque extrême, la désorganisation sociale et les conséquences sanitaires doivent être intégrées.

Si L'État (ou un groupe d'États) était l'assureur contre les risques extrêmes, les citoyens cotiseraient donc en versant l'impôt. Mais cela ne va pas sans poser de problèmes. En France le risque nucléaire civil est assuré par un pool d'assureurs mais au-delà d'un seuil de dommages, l'État prend la relève. Conséquence, pour l'opérateur, le risque, au moins au-delà du dit seuil, est " gratuit ", puisque pris en charge par l'État. D'où le paradoxe : le coût énorme d'un risque extrême est trop faible pour inciter les opérateurs à préférer des options moins risquées, et ce faible coût provient de ce que le coût des effets de ces risques extrêmes dépassent ce que les opérateurs peuvent assumer. De même, la difficile quantification du risque n'exonère pas non plus le décideur politique de faire des choix. Si le statisticien peut évaluer le niveau de ce que serait la crue de la décennie d'un fleuve et la crue du siècle, il appartient au politique de décider si les mesures préventives doivent être à la mesure de la crue de la décennie ou de la crue du siècle. Si une digue est construite pour résister à la crue de la décennie, il est quasiment certain qu'elle ne supportera pas la crue du siècle. Que l'on pense à la centrale de Fukushima : les mesures préventives protégeaient les installations contre un séisme de magnitude d'au plus 7.9 et d'un tsunami à hauteur de vague maximale de 5.4 mètres. Le séisme qui a touché l'installation était de magnitude 9 et la vague qui a touché la centrale faisait entre 10 et 15 mètres.

Les risques extrêmes sont aussi à la charge des générations futures Dans le cas de risques extrêmes, en l'absence d'anticipation à la hauteur des effets de ces risques, tout ou partie du coût du risque va être transférée aux générations futures, selon plusieurs configurations. Dans le cas où le sinistre s'est déjà produit et a donné lieu à une aide de l'État financée par la dette (crise financière de 2008 par exemple), le coût est porté par les contribuables de demain.

A moins que les coupes immédiates dans les dépenses publiques de privent les générations futures d'infrastructures ou de dispositifs (protection sociale, système éducatif), de haute qualité. Si les dommages n'ont pas pu être que partiellement réparés, on lègue aux générations futures un environnement dégradé (écosystème endommagés par les marées noires, zones agricoles inexploitables pour plusieurs décennies voire plusieurs centaines d'années aux abords des centrales nucléaires accidentées). Dans le cas où le sinistre n'est encore qu'un risque, on lègue aux générations futures une technologie éventuellement vieillissante qui nous aura servi à peu de frais, mais assortie d'un risque à venir non " assuré ".

Ces éléments posent des questions d'ordre politiques : l'État ou un groupe d'États peuvent-ils suffire à gérer les risques extrêmes ? Sans doute pas. Les développements de la notion de risque, tant dans sa réalité que dans sa perception, pénètrent et modifient la question du choix démocratique...

3 commentaires

Inclut la notion d'aversion aux risques?

Caroline - 15/03/2016 17:30

Certes. Si Fessenheim explose (diverge minimisent-ils), l'Alsace et le Baden-Wuttemberg disparaissent quasiment. Mutualisation ? Prévention ? What else ? Actuellement, c'est "dem...-vous" !! En attendant, ça blablate. Depuis des dizaines d'années. Et maintenant toi aussi FH. Et moi aussi.
Je voudrais croire en une solution rapide. Pas quand une nouvelle espèce d'homme succédera à l'homo sapiens...
Désolé pour le pessimisme.

Toubib160 - 17/03/2016 08:53

EDF a trouvé un plan pour sa trajectoire financière : la construction d'une nouvelle gamme d'EPR en France....
Nan, c'est pas le 1er Avril, l'heure n'est toujours pas à l'humour sur la planète Terre....http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/edf-construira-une-nouvelle-gamme-d-epr-en-france-557369.html

Caroline - 17/03/2016 12:24

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