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La tyrannie du chiffre

texte publié le 16-03-2016

Il est une tyrannie qui inflige à notre civilisation bien des souffrances : celle du tout quantitatif, celle du chiffre, de la mesure, de la science économique. En période d'inquiétude, la mesure quantitative rassure, elle donne le sentiment que la rationalité veille au grain.

Tout devient calcul, tout est rapporté à une mesure, seul critère permettant d'évaluer, de juger : profit, bénéfices, PIB, croissance, chômage, sondages.... Pire: tout ce qui est économique n'est plus compris qu'au prisme des chiffres. D'ailleurs, en France surtout, l'économique n'est-il pas du domaine de la science économique? Ca fait tellement plus sérieux que de parler d'économie (Economics en anglais).

Cette dictature du quantitatif appauvrit notre lecture des maux qui traverse notre société. La pauvreté est un positionnement par rapport à un seuil. La pauvreté est monétaire donc. Il est vrai qu'il est bien délicat de synthétiser la pauvreté autrement que sur l'axe des revenus. Mais faut-il synthétiser la pauvreté?


Le quantitatif prédominant, érige le chiffre en un axe central de notre vie, en une justification même morale de nos décisions et de nos actes. Dès lors, au nom d'une performance qui prend le nom de compétitivité, tous les coups sont permis: tout ce qui est adossé à l'amélioration quantitative de nos performances devient juste.Et si nos problèmes ont une source quantitative, alors le profit, la spéculation internationale, la compétitivité, la concurrence sont les solutions. La recherche constante de l'efficience instaure malheureusement des modes de travail aliénant, destructeurs de l'être humain... burn out y compris.

A ce titre, les malversations de Madoff nous ont horrifiés parce qu'elles nous prenaient en flagrant délit d'une part de presque jalouser l'obscénité de ses crimes financiers, mais aussi d'autre part, parce que nous réalisions combien nous sommes tous pris dans ce même système et que Madoff n'a fait qu'aller trop loin dans cette même logique...et qu'il s'est fait prendre. Le crime de Madoff nous révélait que la logique de notre système est devenu "criminel".

Cette logique est de plus absurde : quelle terrible contradiction entre la recherche constante de l'efficience humaine est sans doute de plus en plus contradictoire de la rentabilité des entreprises. Il suffit de se rappeler combien l'avenir des entreprises est lié à la qualité de l'immatériel, aux coopérations, aux d'initiatives de collaborations, à la responsabilité, à la créativité, en somme à de l'humain non quantitatif, bien plus qu'aux ratios financiers ou aux cotations boursières.

Paradoxe de notre époque, donc, la compétitivité est devenue sa propre ennemie.

Il est temps d'aborder enfin la complexité du monde, de la société, et de l'individu...

3 commentaires

Dictature du chiffre car prééminence de la Finance et des comptables...Et l'obsession de l'objectif...
Mais on sait depuis longtemps que le quantitatif ou la quantification du qualitatif est souvent non seulement inopérante mais n'explique rien. Certains systèmes de planification d'entreprise le prennent en compte, par exemple le balanced scorecard qui utilise des indicateurs.
Le chiffre est sans doute le seul language universel car on compte de partout de la même manière...

Pascal CLEROTTE - 16/03/2016 13:30

en santé au travail c'est la quantophrenie. Une pathologie que l'on découvre en rencontrant tous les salariés, c'est peut être pour cela que le projet de mme El Khomri prévoit que les médecins du travail ne puissent plus rencontrer toutes les personnes! CQFD

BPS - 20/03/2016 18:40

Je plussoie, autant dire qu'on fait dire ce qu'on veut à ces chiffres....et le drâme et qu'on en fait ce que les puissants veulent....

Cindy Sanders - 24/03/2016 23:55

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