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La CGT, de la social-démocratie à Jean-Luc Mélenchon

texte publié le 16-06-2016

La CGT formait jadis le seul tandem social-démocrate avec le PCF en France. Car avant d'être répertoriée comme une idéologie, la social-démocratie est un dispositif liant étroitement un parti à un syndicat, prônant la négociations centrale et s'appuyant sur une base ouvrière. Le PS ne coche pas deux cases sur trois.


Le tandem PCF-CGT cochait les trois cases jadis... Avant que ne recule la classe ouvrière industrielle, faisant fondre un électorat communiste et réduisant la base ouvrière de la CGT... Mais de là à renoncer au nucléaire...?

Avec Louis Viannet, la CGT a amorcé sa sortie de la social-démocratie, se déconnectant peu à peu du PCF... Bernard Thibault n'arrivera pas à consolider le repositionnement de la CGT. L'aile "gauche" de la CGT emboîte le pas à Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2012. Paradoxe, Philippe Martinez, qui incarnant la base et une ligne radicale, ouvert au dialogue social et attaché à la stratégie traditionnelle de la CGT, succède à Lepaon. Notons qu'il n'est plus membre du Parti communiste depuis 2002 et incarne une étape supplémentaire dans la distanciation entre CGT et PCF. L'appel à la grève générale n'est pas dans la tradition cégétiste! Au contraire! Et depuis longtemps, malgré par exemple un refus nationale de signer l'accord national international, les élus de la CGT sont prompts à signer en local des accords d'entreprise... En réalité la CGT penche vers l'anarcho-syndicalisme. Et ouvre ses bras à Jean-Luc Mélenchon.

Je me rappelle ce meeting le 31 janvier 2012, pré-présidentiel, organisé dans un Zénith de Paris archi-plein, pour appeler à voter pour la gauche... Il n'y a pas eu photo: Jean-Luc Mélenchon fut bruyamment acclamé...

Jean-Luc Mélenchon, ancien cadre du parti socialiste, parti non pas après le référendum sur le Traité constitutionnel européen, mais après le cibles de Reims. Je me rappelle ce conseil national du parti socialiste pour entériner le vote des militants pour le soutien (59.5%) au Traité constitutionnel européen.

Arnaud Montebourg monte à la tribune et déclare qu'il a fait campagne contre ce traité, qu'il pense toujours que c'est un mauvais traité, mais s'incline devant le vote militant. Puis Jean-Luc Mélenchon prend la parole. Lui aussi a fait campagne contre ce traité, lui aussi continue de penser que c'est un mauvais traité, mais lui déclare qu'en dépit du vote des militants, il poursuivra sa campagne contre le traité... Voilà pour le personnage et son rapport à la démocratie.

Il enfreint alors les consignes du parti socialiste et fait campagne aux côtés de Marie-George Buffet (PCF), Olivier Besancenot (LCR) et José Bové (Confédération paysanne) lors de meetings communs pour un non de gauche.


Il lui faudra ensuite quatre ans pour quitter le PS... Il fonde le parti de gauche, puis le Front de gauche, avec le PCF.

Virage important, Jean-Luc Mélenchon s'inspire alors en partie des théories de la décroissance pour réaffirmer l'idée forte d'une organisation de gauche sociale et écologique. En rupture avec les positions traditionnelles du PCF, il veut la sortie du nucléaire. Petit malaise avec le PCF...

C'est que le PCF a perdu sa base électorale ouvrière. Mélenchon décide de récupérer les délaissés, les mécontents, les déçus... Un peu de PS, un peu de PCF, un peu d'écolo, et les autres. Sans craintes des contradictions.

Jean-Luc Mélenchon donne dans l'écolo-populo-compatibilité. Il est en fait un populiste de gauche.

Conclusion ? Les élections de représentants syndicaux donnent une mesure du recul de la CGT au profit de la CFDT. Les grèves d'aujourd'hui vont au-delà de la seule contestation de la loi travail. Il en va de la reconfiguration de la gauche radicale et du paysage de la gauche en entier...

1 commentaire

"prônant la négociations centrale" c'est ce point là qui est le clivage aujourd'hui. La CGT a toujours attendu du Pouvoir de Gauche des avancées sociales, lesquelles pour elle ne peuvent venir ni des entreprises, ni des branches. D'autre part, la CGT par sa structuration ne peut faire confiance dans la négociation décentralisée. Ses organisations n'accepteront jamais de se confronter dans le cadre d'une cohérence confédérale.

Pour moi, désormais, une grande partie du PS coche la case de la négociation collective décentralisée, (il découvre une autre culture) avec un partenaire exigeant la CFDT et au profit non plus d'une classe ouvrière qui vote aux deux extrêmes mais d'une classe moyenne dont les outils de travail seront de plus en plus numérisés

daniel HUCHETTE - 16/06/2016 14:55

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