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Des effets économiques du Brexit du Royaume Uni devenu Toute Petite Bretagne

texte publié le 25-06-2016

C'est une ère d'incertitudes qui s'ouvre pour le Royaume-Uni avec la victoire du Brexit, ce vendredi 24 juin.


Le Royaume-Uni va souffrir de sa sortie de l'Union européenne. Mais l'Union européenne aussi... Déséquilibrant le monde... Rien que ça.

Le Royaume Uni va payer cher ce référendum

Les conséquences économiques au Royaume Uni risquent d'être violentes : plongeons des marchés, incertitude, crise de confiance et donc suspension des investissements, rendant probable une récession.

Cette sortie de l'Union européenne va provoquer le relèvement des barrières commerciales, avec 7 milliards d'euros par an de droits de douane supplémentaires. L'aéronautique, avec Airbus, ou l'automobile, pourraient souffrir de ces barrières douanières. Le Brexit va aussi avoir d'abord des conséquences directes sur la City, le quartier d'affaires de Londres. Ne pouvant plus vendre sans entrave leurs services financiers depuis le Royaume-Uni vers les pays de l'UE, les banques vont délocaliser les emplois. Une centaine de milliers d'emplois financiers pourraient être touchés.

L'économie anglaise de ces dernières années avait été dopée par la main d'oeuvre en provenance d'Europe de l'Est et du Sud qui va maintenant se tarir. Le BTP pourra plus autant compter la main d'oeuvre migratoire, en provenance notamment d'Europe de l'est.

Le Royaume-Uni sera une porte d'entrée sur l'Europe beaucoup moins intéressante et les entreprises pourraient se relocaliser... Mais où? En un mot, les investissements étrangers vont baisser au Royaume-Uni.

Le FMI en déduit un scénario récessif pour le Royaume-Uni dès 2017 et une hausse du chômage à 6,5% en deux ans. L'Institut des études budgétaires prévoit un manque à gagner annuel de 20 à 40 milliards de livres d'ici à 2020, en tenant compte de l'arrêt de la contribution britannique aux comptes de Bruxelles. D'après une étude de la firme PWC, le Brexit pourrait détruire près d'un million d'emploi.

Ce "ralentissement" économique contribuerait à une dégradation des finances publiques britanniques, qui paieraient plus cher ses émissions d'obligations... Les emprunteurs britanniques sur les marchés financiers se verront en effet réclamer des taux d'intérêt plus élevés pour compenser l'incertitude liée à la situation du pays.

De quoi plonger le pays en longue récession.

Or, avec des taux d'intérêt proches de zéro, que la Banque d'Angleterre ne peut donc pas baisser, et une dette élevée, les pouvoirs publics disposent de peu de marges de manoeuvre pour lutter contre cette récession.

Or toutes ces évolutions affecteront en priorité les ménages à revenus faibles ou intermédiaires ; elles seront donc anti-sociales. Enfin, une croissance plus faible signifie des recettes en diminution pour l'Etat, d'où des impôts plus élevés et moins de ressources pour dépenser dans des services comme le système de santé public (le National Health Service ou NHS)... L'inverse de ce qui avait été promis par les tenants du Brexit.

Le Brexit va toucher ce qui reste de cohésion européenne

Le Brexit va perturber l'équilibre interne de l'UE. Avec le départ du Royaume-Uni, les sept pays de l'Union hors zone euro ne représenteront seulement 15% du PIB de l'UE, contre plus de 30% avec le RU. La

Position dominante de l'Allemagne en sort donc renforcée.

La sortie de l'Union européenne de la cinquième puissance économique mondiale - qui n'est plus que sixième depuis la chute de la livre sterling face au dollar américain - a un effet international. Le Brexit va rendre les marchés financiers plus nerveux et réactifs à la vulnérabilité de la zone euro et prompts à s'engager dans des ventes massives d'actifs, infléchissant à la baisse les cotations boursières.

Les investisseurs vont se demander si les gouvernements de la zone euro auront la volonté politique et le soutien du public pour renforcer l'architecture de l'union monétaire européenne. Un test sera de savoir si l'union bancaire fait des progrès. Les pays de la zone euro seront sous le regard intensif du marché, avec des effets sur les écarts de rendement des émissions obligataires (spread) qui pourraient coûter cher aux économies du continent, notamment celle de la France ou celle du Portugal où la coalition gouvernementale est fragile, sans compter la Grèce, l'Espagne, où vont se tenir des élections dimanche...

L'UE va donc devoir élaborer des propositions pour une intégration européenne plus étroite. Si une union économique et monétaire renforcée s'avère difficile, les Français et les Allemands peuvent présenter des plans de coopérations renforcées dans les domaines de la défense et de la sécurité intérieure.

Les négociations difficiles

Le cycle des négociations UE-RU débute: conditions et calendrier de sortie de l'UE, négociation de nouveaux accords avec elle et conclusions de traités commerciaux avec les pays extérieurs à l'UE liés à cette dernière par une entente. Le gouvernement britannique veut prendre son temps. Mais à mesure que la situation du Royaume Uni risque de se dégrader, sa position pour négocier pourrait vite devenir intenable... A ce jour, France et Allemagne parle presque à l'unisson. Pas question d'une séparation à l'amiable, pour prévenir tout effet de contagion... Combien de temps, au regard des intérêts croisés avec le Royaume-Uni et donc des intérêts à ménager le Brexit...?

De l'effet de l'imbrication des économies...

6 commentaires

Les conséquences du Brexit risquent en effet d'être sévères. Sur le plan économique tout dépendra de l'issue des négociations de sortie qui peuvent aboutir à maintenir une zone de libre Echanges entre le RU et l'UE, ce qui serait souhaitable pour les deux. Sur le plan politique , le risque d'effet domino ou de délitement est réel. Mais il est aussi possible que l'électrochoc du Brexit conduisent les pays fondateurs et, en premier lieu, la France et l'Allemagne à prendre une initiative commune pour relancer la construction européenne sur un socle commun qui , pour être légitime, devrait être approuvé le même jour selon de mêmes règles par tous les citoyens des pays qui accepteront cette voie. Encore faudra-t-il bien définir ce socle commun qui devra cette fois ne pas se limiter à la sphère économique et monétaire, mais proposer une vision commune globale. Le chemin sera semé d'embûches mais c'est la seule sortie possible pour éviter la catastrophe que serait la fin de l'UE

Thierry Marchais - 26/06/2016 05:21

Texte corrigé
Les conséquences du Brexit risquent en effet d'être sévères. Sur le plan économique tout dépendra de l'issue des négociations de sortie qui peuvent aboutir à maintenir une zone de libre échange entre le RU et l'UE, ce qui serait souhaitable pour les deux. Sur le plan politique, le risque d'effet domino ou de délitement est réel. Mais il est aussi possible que l'électrochoc du Brexit conduise les pays fondateurs et, en premier lieu, la France et l'Allemagne à prendre une initiative commune pour relancer la construction européenne sur un socle commun qui , pour être légitime, devrait être approuvé le même jour selon de mêmes règles par tous les citoyens des pays qui accepteront cette voie. Encore faudra-t-il bien définir ce socle commun qui devra cette fois ne pas se limiter à la sphère économique et monétaire, mais proposer une vision commune globale. Le chemin sera semé d'embûches mais c'est la seule sortie possible pour éviter la catastrophe que serait la fin de l'UE

Thierry Marchais - 26/06/2016 05:28

Je pense que sortie de l'Euro pour le Royaume Unis vaut future république bananière et un nouveau paradis fiscal en devenir....
Il faut dire qu'ils n'ont pas ménagé leur peine; entre les ripostes et les contestations à chaque projet européen et chaque décision, tout en profitant de la politique économique de l'Europe, ont-ils vraiment eu vocation un jour à adhérer à l'Europe et l'esprit Européen.
A mon sens, cette sortie est exutoire à l'ensemble de l'Europe, ainsi la catastrophe a fait boum au Royaume Unis (depuis le temps qu'on l'attendait surgir de nul part) et permet de tirer la sonnette aux dirigeants européens, c'est une sortie voulue et qui servira d'exemple. Comme quoi finalement l'économie ne fédère pas si les peuples ne sont pas harmonisés...
Enfin maintenant on pourra suggérer à tous les probrexit français, d'aller vivre un peu plus loin ensemble sur une île....

Caroline - 28/06/2016 22:08

De beaucoup regrette leur vote probrexit....faut-il une éducation en Europe à l'exercice de la démocratie des citoyens?
C'est une chose qu'on retrouve beaucoup dans les pays riches, l'information est en libre accès et pourtant...l'exercice de la démocratie est difficile. Certain se dise trompés par la communication des dirigeants
Je déborde un peu du sujet mais un exemple concret en France où lon nous parle de système tripartite...Or sommes nous dans un système tripartite? Véritablement non. Le choix est conditionné par celui ou la chose que l'on entend le plus et colle des oeillères au citoyen....
Alors la démocratie est-elle vraiment la liberté du choix?

Caroline - 28/06/2016 22:15

*Certains se disent trompés

Faut-il éduquer les dirigeants et les citoyens à l'éthique de la démocratie?

Caroline - 28/06/2016 22:16

*Certains se disent trompés

Faut-il éduquer les dirigeants et les citoyens à l'éthique dans l'exercice de la citoyenneté et de la démocratie dans la sphère publique?

Caroline - 28/06/2016 22:20

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