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L'information est-elle morte?

texte publié le 06-08-2018

On peut se désespérer à l'envi de ce que les journaux, télévisés ou papiers et maintenant électroniques, ne font plus leur travail: ils ne sont plus au niveau. Ils n'informent plus, ils divertissent. Il ne manquerait que le pain à ces jeux...


Qu'est-ce que donc l'information? Une masse de données collectées, qui abondent, débordent, submergent, affluent, dégoulinent. Il appartient aux professionnels et aux non professionnels d'en faire un objet abouti. Comme si l'on donnait un bloc de marbre au sculpteur. A lui d'en faire surgir une forme sublime. L'entéléchie est-elle la force qui transforme l'objet brut des données en un objet second, fini ou travaillé, l'information?

Ce serait cela l'information ? Une masse brute de données que quelques artisans journalistes travaillent à organiser, ciseler, sculpter en un ensemble de données intelligibles, des informations.

Mais l'industrie du traitement de données serait arrivée. Et comme l'information est marchande puisque tout est marchand, qu'il faut vendre, alors il faut divertir.

Que l'on ne dise pas que c'est là un phénomène nouveau dont l'éclosion au tournant du siècle nous a pris de court, nous a surpris en pleine analyse sur le fond de l'actualité, nous prenant à contrepied alors que nous allions revisiter la question européenne à l'aune de ce que l'on peut savoir, selon les canons de Kant.

On a toujours plus intéresser en narrant l'histoire sanglante de « Jack the ripper » que en rapportant la convention de Constantinople consacrant l'internationalisation du canal de Suez... et pourtant, quelque chose semble s'être passé.

Plus qu'auparavant, le débat est devenu cet artisan qui sculpte l'information. On peut collecter autant de données brutes, les mettre à disposition pour vérification, c'est d'entrer dans le débat qui forge l'information. Et la contradiction doit venir à bout des fake news et autres hoaxes...

Non, l'information n'est pas morte, mais elle relève plus qu'auparavant d'une multitude d'émetteurs et de débatteurs. Le prix à payer est de savoir passer outre tout ce que ces orgies de données drainent en porno-informations. Il faut être plus fort que ces jeux et manipulations, et entrer dans l'ère du débat.

1 commentaire

Extrait d'une interview de Régis Debray, à propos de son livre "Bilan de faillite".
"je suis forcé de constater que j'appartiens à un temps largement révolu. Je viens d'une planète en extinction, qui est celle d'abord où il y avait une promesse crédible, disons la promesse héritée des Lumières qui pouvait prendre diverses formes, dont le communisme, et j'allais dire à la limite, la social-démocratie, si on pense à la Suède ou à mon ami Olof Palme, par exemple.
Mais c'était aussi un temps où il y avait une autre ingénierie du symbolique, c'est-à-dire que c'était encore le temps de la chose imprimée.
On peut dire qu'il y a 3 époques si vous voulez, dans l'Histoire du monde symbolique. Il y a la chose écrite, en gros Platon, la chose imprimée d'où vient la Réforme, la Renaissance et le socialisme.
Vous avez remarqué que tous les socialistes, enfin tous les fondateurs de partis sont des hommes de l'imprimé, soit des éditeurs, des imprimeurs des profs, des typographes, des ouvriers du livre, tous, tous ! Et Mao lui-même était bibliothécaire. Mais tout le mouvement ouvrier procède, dans sa partie combattante, combative, et même syndicale, du livre.
Et puis est venue la chose «vue», comme on dit, vous savez, il y a tant de vues sur... des millions de vues, des trucs... Et c'est aujourd'hui donc l'image. Donc il y a eu une sorte de bouleversement écologique, un nouvel écosystème dans lequel je suis bien forcé de voir que je n'ai pas ma place, tout simplement, que les gens comme moi n'ont plus leur place.
En tout cas, c'est une place qui oblige à faire chambre à part, c'est-à-dire, qui n'a plus d'impact. Je viens d'un monde où un texte pouvait encore avoir un impact sur le cours des choses."

Marc Mousli - 07/08/2018 22:18

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