FH

On est foutus, on ne sait plus parler, on ne sait plus penser

texte publié le 08-08-2018

 Lorsque l'image prend la place des mots, que les émotions se substituent aux raisonnements, c'est bien que notre société, nos sociétés vont mal.


Lorsque l'on est tenu de tout dire en 280 caractères, que les mots deviennent emoji, oubliez la subtilité des idées, oubliez la complexité des textes. Pas le temps. Pas assez d'émotions.

On peut regarder un match de foot sans le son: on perd l'ambiance du stade. Vous pouvez aussi écouter un match de foot sans l'image. Vous subirez les 200 mots répétés à l'envi par deux commentateurs pendant 90 minutes plus 15 minutes de mi-temps, histoire de synthétiser les 45 premiers minutes. Éprouvant.

On peut se livrer au même exercice pour le JT, les discours politique (quoi que l'image sans le son est souvent hilarante), les émissions télévisées diverses et variées... pareil: misère et pauvreté. 

Dès lors qu'internet a permis de tout avoir, paradoxalement, tout s'est accéléré, tout s'est raccourci, tout s'est abrégé. Internet met la pensée en péril.

Ajouter à cela l'image, qui sollicite d'autres parties du cerveau, qui suscite l'émotion sans explication, on ajoute un péril supplémentaire aux idées.

Mais ne dit-on pas du pain et des jeux. Nous avons - pour la plupart - du pain; voici le temps des jeux immédiats, sans pensée, sans réflexion, vides donc, purement émotionnels. Je dois passer pour un grognon féru d'émissions obscures passant la nuit sur Arte. Que nenni. Je m'alarme juste d'un indicateur de l'etat intellectuel de notre société. 

Les mots sont le support de nos idées, autant qu'ils forgent nos idées. Ils aident à la nuance, ils nuancent nos réflexions. Réduire notre expression à des images et à des abréviations, c'est réduire notre pensée. C'est abêtir notre civilisation, donc.

Tout ceci résume notre façon de communiquer, en politique comme dans le monde du travail ou en famille. Par cette acceptation de la réduction de nos arts de la communication, nous acceptons une forme de déclin.

Socrate, réveille-toi, ils sont tous sur internet.

3 commentaires

Avec ou sans les espaces, les 280 caractères :) ?
Je partage ta réflexion François, dans l'écriture comme dans le discours, c'est bien le choix des mots, leur organisation, la ponctuation, les nuances qui y sont intégrées ... ce mélange subtile qui révèlent les idées, traduit et met en perspective notre pensée ... à plus

:) - 08/08/2018 18:40

Voilà une réflexion qui rejoint tout à fait mon commentaire sur l'article ci dessus.....

J Marsault - 09/08/2018 09:28

Mon cher François, ta réflexion rejoint, même si elle n'est pas une grande fan de Socrate, Elisabeth Dufourcq dans l'ouvrage qu'elle vient de publier : l'esprit d'invention le jeu et les pouvoirs. Dans un sous-chapitre intitulé l'information n'est pas un bien comme un autre", elle s'attaque à l'élimination du "bruit" parasite comme ennemi potentiel de la recherche, de l'innovation et de l'invention. Je cite : "Dans ces conditions d'efficacité maximale comment éliminer l'information jugée inutile ou "le bruit" parasite?..Ce réflexe réducteur devint une nouvelle forme d'attitude sociale. ..La conversation devient elle-même un"bruit" qui encombre les agendas, les circuits et les "bandes passantes"....traiter en termes de valeur marchande une matière première aussi fondamentale que le langage courant et familier n'est pas sans conséquences culturelles, scientifiques et même affectives. Faut-il sacrifier des trésors de nuances au risque de perdre la pépite qui permet de juger en conscience ou même d'inventer? Faut-il jeter au feu l'intuition parfois balbutiante et personnelle qui motive l'inventeur avant même d'avoir convaincu son mécène? Voilà un des problèmes qui se pose aujourd'hui et qui se posera de façon plus cruciale encore dans les années à venir....Qu'est-ce que l'essentiel, qu'est-ce que le superflu?...Si on mécanisait la logique de Shannon en éliminant ce que la mode du moment désigne comme "bruit" que resterait-il sinon l'information conforme aux normes standards? Or, depuis les origines, le conformisme a toujours été l'ennemi de l'invention......"

Cécile AKTOUF - 12/08/2018 13:59

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