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La grande erreur économique

texte publié le 08-08-2018

L'obsession du profit n'est pas chose nouvelle. Elle hante bien des esprits humains depuis que l'humanité fait commerce de tout, et est donc prête à attribuer un prix à ce qui peut être échangé. Rien de nouveau. Même les biens dits publics auront leurs prix dès que leur rareté relative à la demande le permettra. Que l'on y pense, lorsque l'eau sera par trop rare, voire lorsque l'oxygène viendra à manquer.


Et cette recherche du plus grand profit a de tout temps été source d'inégalités et d'exclusion. On peut opposer à ces inégalités un projet d'égalité; encore faut-il savoir définir l'égalité dont on parle. Toute égalité suppose une inégalité. Le champ des égalités voulues et des inégalités acceptées relève d'un choix de société.

Mais revenons aux inégalités dues à la recherche du profit le plus grand possible. Elles sont anciennes, mais elles n'ont jamais atteint nos sommets contemporains. Dans les années les années 70, le rapport entre le plus petit salaire et le plus grand salaire était de 1/40. Il atteint de nos jours de 1/400 ou 1/500.

Aucune règle d'efficacité économique ne justifie l'explosion de ce ratio. On pourra imputer aux ultra-libéraux la responsabilité de cette faute: tout déréguler, abolir le Steal Glass Act qui séparait les activités bancaires spéculatives des activités d'épargne individuelle. On pourra dater ce virage catastrophique avec Thatcher et Reagan. Ce serait limiter la faute à des décisions techniques. La faute est plus profonde et les libéraux n'ont fait que tirer avantage de celle-ci. C'est le renoncement à la morale, l'une des plus puissantes régulations de l'économie, la plus puissante régulation de l'économie, qui nous vaut cette dérive: l'économie s'est affranchie de toute morale. Quand? Difficile à dire. Mais il est vrai que cet affranchissement a été possible dans les années 80.

Depuis, à l'appui de modèles mathématiques, l'économie fonde sa propre règle dans l'immanence, sans se soucier de paramètres extérieurs, culturels, philosophiques, juridiques, religieux, historiques, etc., qui conforteraient ou limiteraient sa légitimité. L'économie s'est émancipée et est devenue fondamentalement amorale. Elle ne s'oppose pas à la morale, elle l'ignore purement et simplement.

Il nous faut réintégrer d'urgence l'éthique et la morale dans le raisonnement économique. Cet impératif vient de ce que les inégalités qui s'accroissent ne sont plus socialement, politiquement, économiquement tenables. Il nous faut revenir à l'idée de justice et d'égalité, et donc dire, par le débat, ce qui est juste et l'égalité que l'on veut. C'est le grand débat de ce siècle. A défaut, que l'on me reproche de dramatiser la situation, c'est bien la guerre qui nous attend.

2 commentaires

Je suis absolument d'accord avec cet article et avec son titre. La datation est difficile à établir mais oui les années 80 avec en parallèle la dislocation du bloc de l'est et la disqualification de l'idéologie communiste considérée comme engendrant à coup sûr un totalitarisme cela semble la meilleure réponse. L'amoralité qui me semble plus financière que purement économique était évidemment présente avant. Que l'on réexamine par exemple l'attitude des Krupp sous Hitler fustigée dans "les damnés" de Visconti. On peut y voir un écho chez Lafarge et d'autres au Proche-Orient....
Mais il me semble qu'avec les questions d'éthique de morale il faudrait aussi poser celle de la valeur. Qu'est-ce qui a de la valeur au 21ème siècle est-ce une star de la télé-réalité, un "influenceur" qui a je ne sais combien de suiveurs que l'on peut effacer en un coup de gomme magique de GAFA? Comment mesure-t-on cette valeur et est-elle aussi éphémère qu'un jeu d'écriture en quelle monnaie? Quant à la guerre... mais sous quelle forme? Moi je la crois déjà déclarée...Certains sont déjà morts mais ils ne le savent pas...

Cécile AKTOUF - 08/08/2018 17:42

Je ne crois pas que le monde des affaires ait eu un jour de la morale. C'est plutôt notre évolution intellectuelle, culturelle qui en demande plus. Autrefois la religion incitait a conserver l'ordre établi en le justifiant par le fait qu'il était voulu par un dieu qui réglait tout. Aujourd'hui la science a remplacé ce dieu. C'est le rôle du politique de mettre de la "morale" dans la société et de définir ce qu'est une inégalité, si elle est "juste" ou pas, si elle doit être remise en question ou pas. A l'heure où les sciences dites exactes connaissent des avancées fulgurantes, d'une puissance jusqu'à présent jamais vécues par l'homme il serait grand temps de remettre un peu de sciences" non exactes" dans les esprits et de développer la capacité de chacun à penser par lui-même même. C'est seulement ainsi que l'Homme s'elevera

J Marsault - 09/08/2018 09:25

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