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Elections européennes: le Brexit permet enfin de parler d'Europe politique

texte publié le 09-08-2018

Le Brexit comporte bien des inconvénients, marchands, notamment, pour le Royaume-Uni comme pour le continent européen. Mais il permet aussi de faire sauter le verrou britannique sur LA question qui motivait depuis l'apres la création des communautés puis de l'Union européenne: voulons-nous fonder une entité politique, oui ou non?


L'Europe, à ce jour, n'est pas une entité politique. Loin s'en faut. Elle n'a quasiment pas d'existence internationale, ni militaire ni diplomatique. Elle existe à peine en matière financière. L'Europe ne passionne plus, pour ne pas dire qu'elle nous précipite dans les bras de Morphée. Et à force de ne rien dire, de rien oser, elle ne développe aucune vision stratégique.

Pourtant, l'Europe peut-elle ignorer que le contrôle total sunnite de l'économie du pétrole est fortement concurrencée par le réveil chiite soutenu par la politique russe ? Qu'en fait-on? Qu'en dit-on? L'Europe serait-elle dispensée de penser la géostratégie des ressources pétrolières? Et la Russie? Et l'Inde? Et la Chine? 

Faut-il évoquer d'autres sujets plus douloureux, les blessures jusque dans nos chaires, le chaos qui s'installe dans le monde à coups? L'Europe serait-elle dispensée de géopolitique? Peut-elle s'éviter d'entrer dans le débat culturel, diplomatique et militaire? L'Europe devrait pouvoir faire acte de diplomatie parce que capable de projeter des forces militaires. Mais elle se l'interdisait...veto anglais obligeait.

Et sur tous ces sujet, sans oublier l'environnement, les questions sociales, les transports, la separation des activités bancaires, le Brexit revient à faire sauter le verrou anglais. L'Europe avec les Anglais, c'était l'assurance que la question de l'Europe politique ne soit jamais inscrite à l'ordre du jour. Le monde selon les Britanniques est différents. Pour Churchill déjà, le monde occidental serait organisé en trois parties: les Etats-Unis, l'Europe et le Royaume-Uni. Et même avec la leçon de Suez en 1956, leur point de vue n'a pas changé. Ils ont voulu le Brexit. Ils l'ont. Ils vont droit au « hard Brexit »: plus d'accord commerciaux...et surtout une mise en concurrence plus directe encore avec les pays à très bas salaires. Les « cols bleus » anglais vont être directement confrontés aux « cols Nehru » ou « cols Mao » si je puis me permettre ces expressions.

Les Britanniques ne sont pas sortis de l'imaginaire d'un monde marchand maritime et anglophone, dont ils assureraient les équilibres. Le verrou a sauté. Saisissons l'occasion de poser la question politique de l'Europe.

Non pas que l'Europe n'ait pas d'autres verrous en son sein. L'Allemagne, par exemple. Parler « forces militaires » à un pays qui a su faire sa réunification (il faudrait leur rappeler que ce fut grâce à la France), qui a su redevenir une grande puissance européenne, qui a su surmonter les années nazies, et redevenir une nation respectée. Certes, cette nation ne sera pas facile à faire bouger. Attention à ne pas laisser l'Allemagne renouer aveuglément avec l'arrogance de la puissance centrale qui ne comprend pas que les autres n'adoptent pas son modèle. Mais sa démographie et les limites de son industrie qui sait donner dans l'industrIalisation de haute qualité mais pêche par la faiblesse de ses innovations, ouvrent des angles de négociations.

La construction européenne a le plus souvent avancé en réaction à des chocs extérieurs, notamment les désengagements américains pour faire la guerre en Corée (création de la Ceca), échec politique de l'expedition de Suez (traité de 1957), jusqu'à la chute du mur de Berlin (Maastricht, réunification allemande, création de l'euro)...le Brexit est un choc de plus.

Il nous reste à définir le génie européen, qui n'est pas comme quelques esprits avides de gloire, serait ce qu'il y a de génial en Europe, mais ce que l'Europe génère, le modèle ou l'assemblage de modèles qu'elle produit. Et tout ceci dessine un projet: l'Europe politique, à la fois sociale et militaire. Oui, le rapprochement de ces deux termes peut sembler incongru... mais pourtant: le génie de l'Europe est sa capacité sociale; et ce modèle mérite d'être défendu dans un monde toujours aussi brutal mais qui retient de moins en moins ses coups.

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© 2010-2018 - François Hada