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La liberté individuelle, cheval de Troie de la privatisation de l'Etat providence

texte publié le 24-08-2018

La justice sociale est née avec l'idée de cohésion sociale, ou comment s'assurer que chaque individu adhère au projet collectif et donc comment stabiliser le cadre social. Laisser le capital se concentrer entre les mains de quelques uns est non seulement injuste mais aussi dangereux pour la Cité. Tôt ou tard, ceux qui ont trop peu demanderont que la richesse soit redistribuée. Plus ou moins violemment. 


Autrement dit, il n'y a ni paix durable ni cohésion sociale sociale sans justice sociale. Et là où se trouve la pauvreté réside le risque de révolte et de guerre. La pauvreté de quelques uns est en soi une menace pour la prospérité de tous les autres. Le bon dosage entre administration publique et marché, entre liberté d'entreprendre et cadre social stable via la redistribution partielle de cette richesse, sont le fondement commun de toute politique d'une nation démocratique. 

Le projet libéral ou néo-libéral conteste cet équilibre.

Le projet libéral ou néo-libéral entend lui substituer le tout marché. Son cheval de Troie est celui de la liberté individuelle. Au nom de ce totem, le projet égalitaire (et non pas égalitariste) doit être vaincu, toute forme de "droit collectif" doit être combattu, et le droit social doit être détricoté jusqu'à sa première maille. Le premier adversaire de ce projet enfin responsable est vite désigné: l'Etat, dès lors qu'il prélève, régule, redistribue, ordonne, interdit, prévient, enjoint, etc. Le seul lien juridique entre les êtres humains serait le contrat, reléguant la justice sociale et la droit social dans les placards de l'ancien monde inefficace, dans la catégorie des structures ringardes de la société égalitaristes. 

Dans ce monde, les prélèvements obligatoires ne sont plus un support de justice sociale et de redistribution, mais la source d'une pandémie de "phobie administrative". Les allocations sociales ne sont plus le versement nécessaire aux plus démunis pour garantir leur vie et la stabilité social, mais une charge indument prélevée sur ceux qui méritent pour être versée à des assistés. Selon ce raisonnement, la liberté individuelle commande que la richesse soit allouée selon ses mérites. Ce qui revient à dire que "plus je suis riche, plus je suis méritant, et plus je dois pouvoir bénéficier de la sécurité sociale." Bref, selon le projet libéral, le versant social de l'Etat se doit de fonctionner selon les règles bien ordonnées du marché: l'Etat doit se comporter en assurance, et non plus en redistributeur. Et comme l'on assure d'abord ceux qui ne courent aucun risque, les bénéfices de l'Etat social se concentreront sur celles et ceux qui en ont le moins besoin. En revanche, chacun contribuera à cet effort, notamment ceux qui ne recevront rien. Cela vaut pour les transports (iront vite ceux qui peuvent s'offrir les tarifs de la très grande vitesse), l'école (suivront les meilleures études les enfants des parents qui ont fait les meilleures études), la santé (seront mieux soignés ceux qui en ont les moyens, pas les plus souffrants), le chômage, la retraite, etc.

La sécurité sociale est de ce fait la cible du projet libéral: "tant d'argent si mal distribué"... Vous pensiez que tout avait été privatisé? Les industries? Les parcs immobiliers? Il reste tant à vendre...

4 commentaires

je partage , hélas, votre analyse et vos terribles prévisions;

Patrick Marnot - 24/08/2018 16:56

je partage , hélas, votre analyse et vos terribles prévisions

Patrick Marnot - 24/08/2018 16:57

Moi aussi, moi aussi hélas....Mais écrire ça le jour de la saint-Barthélémy n'est-ce pas un peu provocateur?... lorsqu'on oppose -caricaturalement- les calvinistes et anglo-saxons qui pensent que leur réussite financière est la preuve qu'ils sont des élus de Dieu et les catholiques notamment du sud de l'Europe qui suivent, plus ou moins, l'Evangile selon Saint Mathieu et la parabole du jeune homme riche: "Il sera plus facile pour un riche de passer par le chas d'une aiguille que d'entrer dans le royaume céleste"... Mais il est vrai maintenant qu'avec le transhumanisme les choses ne s'envisagent plus de la même façon: les pauvres mourront, les riches vivront éternellement!!!!!!

Cécile AKTOUF - 24/08/2018 17:15

Lionel Jospin avait eu une formule intéressante : "oui à l'économie de marché, non à la société de marché" qui aurait pu servir de référence idéologique à la gauche de gouvernement...

Jean-Claude SOMMAIRE - 25/08/2018 10:18

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