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Le travail dominical et le numérique

texte publié le 24-08-2018

Alors que la majorité veut relancer le débat sur le travail dominical, faisant surgir ici et là des arguments en faveur (au nom de la liberté individuelle) ou contre (défense des acquis sociaux), il y a fort à penser que le sujet soit ailleurs.

"Pour ou contre l'ouverture dominicale des hypermarchés" est-il encore un débat d'actualité alors que les GAFA bouleversent déjà les usages d'achat, ne serait-ce qu'en abaissant les prix (coût de stockage plus faible...puisqu'ils ne stockent rien) et sont ouverts, eux, 24H/24 7J/7 dans le monde entier?


Travail dominical ou pas, les métiers de la distribution vont évoluer, ou plutôt, vont disparaître pour la plupart...

Selon l'Institut Sapiens, à partir des données de la Direction de l'animation, de la recherche, des études et des statistiques (DARES), du ministère du travail, 2,1 millions d'emplois en France sont menacés par le numérique et la robotisation de l'économie.

Un réflexe né des révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles conduit à penser que les métiers les plus menacés sont ceux à faible compétence: caissières, ouvriers, chauffeurs de camion (camions autonomes), etc. Selon l'étude de l'Institut Sapiens, cinq métiers sont particulièrement menacés: les emplois de manutentionnaire, de secrétaire de bureautique et de direction, d'employé de banque, d'assurance ou de caissier. Caissiers et manutentionnaires... une grande partie des salariés du monde de la distribution.

En réalité, le numérique menace aussi des métiers plus qualifiés: conseil en assurance, enseignement, avocat, etc. Pourquoi pas? En théorie, toute personne exerçant un métier comportant la répétition d'au moins un geste, peut être remplacée par un robot, un algorithme.

Ces mutations sont si rapides qu'elles ne laisseront guère le temps à ces personnes "remplacées" de se réorienter et de se former à de nouveaux métiers.

C'est ici que la question du droit social reprend sa place. A force de déséquilibrer le droit, au nom de la liberté individuelle versus le soi-disant trop d'Etat, au nom du droit individuel aux dépens du droit social, l'une des clefs de voûte de la société, c'est notre capacité collective à aider ces personnes à se reconvertir que l'on affaiblit. Il faudrait pourtant à tout le moins prévoir les filets de protection pour celles et ceux qui n'auront plus rien et éprouveront de grandes difficultés à se tourner vers d'autres métiers, surtout si ceux-là aussi sont menacés par la digitalisation.

Le projet d'élargissement des ouvertures dominicales de la majorité est donc aussi désuet que la défense d'un monde où le repos dominical était universel... La vague numérique arrive (robotisation, IA, transhumanisme, algorithme): elle va faire beaucoup de dégâts... Elle pose avec d'autant plus de force a question du droit social.

5 commentaires

Il vaudrait mieux utiliser l'adjectif "numérique" plutôt que 'digital".

Marc Aurel - 24/08/2018 19:14

Merci Marc Aurel!

François Hada - 24/08/2018 20:46

Quand on parle de travail dominical on oublie toujours la restauration et l'hôtellerie ceci semble tellement évident que les salariés de ces secteurs travaillent le dimanche. Alors eux aussi voudraient être entendu.

Janick GIROUX - 02/09/2018 11:01

Chaque jour un animal meurt dans son con posteur, surtout le dimanche. Il serait dommage de chercher l'information, quand le monde entier peut être transfiguré ou de se former pour se transformer. Aussi, chaque dimanche abrutissons nous dans les hypermarché surtout pour les cas cher. Chaque maux compte, celui de liberté aussi.

- 30/11/2018 23:04

IA : Azimov : les trois lois de la robotique....magnifique! Indispensable...

- 30/11/2018 23:06

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