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Montée des populismes: le débat est-il verrouillé pour 2022?

texte publié le 06-10-2018

Le mini-remaniement gouvernemental prend de plus en plus la forme d'un remaniement profondeur. Comme lors du quinquennat précédent, le second souffle était prévu après les européennes... mais la politique a de nouvelles règles que les élus ne saisissent pas et précipitent leurs décisions.


Le peuple, les peuples se sentent dépossédés, et veulent s'asseoir à nouveau à la table des décisions.

D'où les déséquilibres du paysage politique et l'émergence de partis... populistes? En partie. Anti-démocratiques ? Pour certains. Mais lorsqu'une nation se prononce par référendum sur un sujet majeur et que l'élite fait revoter « parce que le peuple s'est trompé », doit-on s'en étonner ?

Le quinquennat 2012-2017 fut plus productif qu'on ne le dit. Mais voilà, les murs étaient pourris. Tout s'est effondré. Il est élu. Mal élu. Comptez les voix. Mais il est élu. Et d'emblée dans une impasse. Même de bon résultats économiques ne le feraient pas réélire: trop de chômage, pas assez de croissance, beaucoup trop d'inégalités. Et comme sa politique tend à accentuer les inégalités... Pour gagner, en 2022, il a opté pour une solution : installer le clivage entre d'une part ceux qu'ils nomment les démocrates progressistes, modernes, qui comprennent le monde, et d'autre part ceux qu'il désigne comme les réactionnaires, les anti-Europe, les extrêmes, les populistes, ceux qui refusent le monde tel qu'il est... bref, laisser la menace populiste et extrémiste faire le travail et obliger, comme en 2017, à voter pour l'option « démocratique ».

Petit rappel: au terme d'une campagne plutôt mauvaise et d'un débat catastrophique, l'extrême droite totalise quand même presque 11 millions de votes, sur 47 millions d'électeurs potentiels. Presque 25%!

A ce stade, tant que ce parti progressera hors alliance, le danger est toujours devant nous, assez loin... enfin, espérons-le. Mais imaginons un instant qu'une alliance se forge avec la droite classique ? Son candidat avait totalisé au 1er tour 7.2 millions de votes (guère moins que l'extrême droite avec ses 7.7 millions de votes). Bien entendu, une alliance ne bénéficierait sans doute pas de 15 millions de votes d'emblée, du moins toutes choses égales par ailleurs... mais si au 2nd tour, l'extrême droite bénéficie de 11 millions de votes, nous avons là une mesure des effets possibles d'une telle alliance. Et ce type d'alliance se multiplie en Europe. En Autriche par exemple. Ou surtout en Italie. Cette alliance a emporté les dernières élections. Et ce qui se passe en politique italienne préfigure souvent ce qui va se passer en France, dit-on, ce que les faits ne démentent pas.

Ce schéma est observé de près par les stratèges et autres observateurs politiques, vous savez, ceux qui n'avaient rien vu venir en 2017. Chaque parti de ces droites ne serait-il pas en train de renforcer sa place pour mieux négocier au mieux le virage? Micro-parti y compris. A ce jeu, l'extrême droite a peut-être échoué en 2017, mais dispose d'un potentiel de 11 millions de voix. La clef, pour elle, peut venir d'un changement de visage... quelqu'un de jeune, moderne, décomplexée, tout ça. Ça ne vous rappelle rien? A cette faveur, la rationalité du comptage des voix pourrait faire le reste.

Et l'exécutif participe à ce jeu dangereux... ce qu'on verra dans un prochain billet (ça s'appelle du teasing).

2 commentaires

Imaginons 55% d'abstentions et votes blancs et nuls, 21 000 000 de votants... 11 000 000 pour l'extrême droite, le calcul n'est pas encourageant ...

Gérard LEVIF - 06/10/2018 16:57

N'hésitez surtout pas : écrivez un livre sur la montée des populismes un jour aussi Jesus sur sa croix eu un éclair de lumière. Et la lumière fut.

Laurence - 30/11/2018 22:35

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