FH

La syntaxe macronienne au service du clivage politique « nouveau vs ancien » mondes

texte publié le 07-10-2018

La syntaxe du président peut surprendre. Décalée, vieillotte, vulgaire, elle laisse à penser qu'elle est en petite partie sincère. Elle semble pourtant calculée, ciblée.


Rappelez-vous le film sur le pouvoir à l'Elysée sous François Hollande. Une caméra se promène il va de soi librement dans les couloirs du palais, tombe inopinément sur une réunion de travail entre le président, le ministre de l'économie et le secrétaire générale adjoint... après un point technique du ministre dans un vocabulaire très policé en réponse à une question en velour du président, le conseiller reprend « les marchés achètent à mort du [titre] français »... déjà calculé ?

Il est dit et rapporté qu'il désorientait déjà ses interlocuteurs en réunion à coups de « on ne va pas apprendre aux mexicains à jouer des castagnettes ».

La syntaxe de ce personnage et son comportement tactile a toujours en partie visé à séduire ses interlocuteurs, sortant des citations de philosophie à qui avait étudié la matière, prenant par les épaules untel, blaguant avec les autres. Rien de très nouveau ici. Les mots sont une grande arme de séduction. Pourquoi s'en priver?

Mais dans le jeu visant à installer un nouveau clivage politique (démocrates libéraux / anti-républicains anti-européens anti-tout) décrit dans le billet précédent (Montée des populismes: le débat est-il verrouillé pour 2022?), la syntaxe joue un rôle précis. Les mots ont une cible et servent un objectif: contribuer aussi à installer le clivage entre pro-démocratie/progressisme/liberté et réactionnaires/populiste/anti-européens... bref entre le monde nouveau et l'ancien monde.

Si sa syntaxe est « en même temps » parfois soignée, précise, littéraire, elle entre surtout en résonance avec le vocabulaire du monde de l'entreprise, sa première cible électorale, en martelant les termes et verbes « faire », « transformer », « agir » ou « avancer ». Et ce refrain que ses partisans entonnent à chaque mesure : « le président fait ce qu'il a dit ».

Et dans ce contexte, les faux dérapages, plutôt vulgaires, du premier de nos magistrats, comme « traverse la rue », « arrêtez de vous plaindre », sont autant de déclarations qui ciblent notamment ce monde de l'entreprise, celles et ceux qui pensent travailler plus dur que les autres, se sentent menacés par la précarité et considèrent que tous ces gens « assistés » ou qui ne travaillent pas assez, font peser la menace de précarité sur eux et sont donc responsables de leurs difficultés. Et ces personnes ainsi dénoncées couvrent une population qui dépasse les bénéficiaires des allocations, qui coûtent un « pognon de dingue » sans que ça marche, mais aussi tout ou partie des fonctionnaires, ceux qui n'alignent pas X heures de travail par jour aussi, ceux qui contestent l'ordre économique et ses difficiles mais nécessaires cohortes de licenciements... bref, ceux qui s'accrochent à l'ancien monde, refusant de voir le monde tel qu'il est...

Cette syntaxe renvoie à ce clivage anxiogène, ceux qui se bougent pour s'en sortir et ceux « qui ne sont rien » parce qu'ils ne font rien, et ne traversent même pas la rue pour que ça aille mieux. La syntaxe du président tente d'installer dans les esprits le clivage entre nouveau et ancien mondes... Elle est au service de ce projet politique résumant l'affrontement à ce clivage simple, et en fait simpliste.

Ces mots laissent une grande partie de l'électorat de gauche incrédule : du Sarkozysme issu des rangs de la gauche. Mais la gauche n'est pas la cible de cette stratégie. L'électorat de droite est dans le viseur... il s'agit à la fois de disputer aux droites, y compris extrême, cet électorat, pour élargir le socle des pro-nouveau monde... il s'agit aussi d'éviter que la droite ne se reconstitue sur le dos des échecs de ce quinquennat... ce que nous verrons dans un prochain billet (nouveau teasing).

© 2010-2018 - François Hada