FH

Le jeu du premier ministre

texte publié le 10-10-2018

« Macron n'a plus personne, il est à poil » déclare courageusement un ministre anonyme au sujet de ce remaniement qui a mis un temps interminable à se dénouer. Et si c'était le cas, si le président commençait à manquer de vivier politique...? On ne peut pas former un gouvernement uniquement de technos, non? Si?

Les yeux rivés sur les élections européennes, une échéance qui pourrait lui permettre de se « refaire » un peu, le président doit aussi avoir un oeil sur son premier ministre.

Car en réalité, dans ce combat face à l'extrême droite qu'il a surligné à coups de « ni de droite ni de gauche » et de « et de droite et de gauche », se loge un autre péril pour lui: son propre premier ministre et la reconstitution de la droite plus centriste.

Son premier ministre n'est même pas « encarté » à En Marche. Il vient de la droite. Il est de droite et de droite, donc ni de gauche ni de gauche. Que vient-il faire ici?

Prendre sa part de victoire marchiste. Nombre de personnalités de gauche s'y sont essayées aussi, beaucoup ont échoué. Nombre de personnalités de droite ont tenté leur chance. Plus nombreuses sont celles qui ont réussi.

Et si Édouard Philippe avait mis deux fers au feu: caution de droite « raisonnable » dans le gouvernement d'En Marche, intrusion de droite dans le gouvernement d'En Marche. Et si ce dernier s'effondrait aux abord de 2022 (ou dès les municipales, en 2020), il pourrait reprendre ses billes, et recréer avec ses semblables (politiques de droite en incursion dans En Marche, prêts à retourner dans leur pénates lorsque la bise gauche/droite reviendra ou lorsque le blizzard d'extrême droite soufflera trop fort pour le président) la droite Juppéiste/Raffariniste... une sorte d'UDF si te tenterait l'alliance avec le Modem et LR, comme au bon vieux temps de l'UDR-UDF-CDS... rallier le Modem et arrimer LR pour lui éviter d'être harponné par le FN (pardon le RN).

Scénario boule de cristal? Peut-être. Mais dans le désordre ambiant, le retour à l'ordre connu peut être tentant, surtout (!) si le président qui ne vient de nulle part et ne construit pas d'avenir, s'effondre. Le clivage gauche droite reprendrait ses droits. Avec une droite plus forte que la gauche...

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© 2010-2019 - François Hada