FH

13 mai 2020. Jour 3 du déconfinement. Le pachyderme

texte publié le 13-05-2020

On avance doucement. Pas à pas. Dans ces rues méconnaissables et pourtant identiques. Rien n'a bougé. Tout est différent. L'appréhension sans doute. On retient sa respiration, puis on la relâche. Tant pis. Il faut bien vivre. Le trottoir paraît fatigué de ne pas avoir été piétiné. Les voitures sont difformes. Les boutiques sont ouvertes au vide. On n'entend pas de conversation de comptoir. Le zinc ne tinte pas encore. Un bus passe. Comme un étrange animal. Il vire et virevolte. 

 

Un pachyderme qui s'ébroue après tant de temps passé en cage.

Tout paraît un peu moins utile. Tout paraît presque hostile. Aucun fauve aux alentours. Et pourtant les oiseaux chantent. Tiens, c'est vrai, les oiseaux chantent. D'habitude, ils se taisent et font la gueule. J'aimerais croiser un renard ou un lièvre. Voire un lièvre dans la gueule d'un renard. Juste comme ça. Un rat musqué ronge le frein d'un vélo. Un raton laveur attend un client à la station essence en regardant les policiers verbaliser leur angoisse. Les balayeurs, eux, sont devant leur porte et trouvent ça déjà pas mal.

Je dois trouver un coiffeur. Ça urge. Ça déborde de partout. Incoiffable. C'est le moment de choisir sa « coupe déconfinement ». Coupe militaire pour celles et ceux qui pensent qu'on va se re-confiner sous peu. Coupe mode rafraîchissement pour les optimistes ou plutôt les inconscients. Mais avant cela, j'ai rendez-vous chez un médecin: je ressens au moins 4 des 2.389 symptômes du C19. Ben voilà, j'aurais dû aller à l'école, on y est plus en sécurité que chez soi.

Vive la République

Vive la France

© 2010-2020 - François Hada