FH

Carnets du virus de la bière : le confinement du 18 au 28 avril

texte publié le 17-05-2020

Nous basculons dans la folie. Le temps n'est plus. Et la tentation de se découvrir d'un fil encore moins. Nous nous bardons de masques et redoutons les postillons. C'est le monde d'après. On est foutus.

Après les carnets de début avril, voici les les carnets de la fin avril.
Bonne lecture.

18 avril 2020. 33ème jour de confinement.

Allons bon. Le coronavirus se serait échappé d'un laboratoire de Wuhan. La CIA enquête. Le pangolin serait innocent. « Des choses se sont passées qu'on ne sait pas ». Certes. C'est fréquent. Mais si on ne sait pas... Mais ce n'est pas parce que la géopolitique cherche à reprendre ses droits qu'on peut faire n'importe quoi. 

Ainsi, le pasteur Gérald Green a maintenu une messe publique, convaincu qu'il parlait à Dieu lequel l'écoutait. Sans doute. D'ailleurs, Dieu l'a rappelé à lui, peut-être pour lui remonter les bretelles. Ou un peu comme on rappelle ses ambassadeurs qui ne suivent pas la ligne du parti...pardon, la ligne divine, ou pour protester contre les positions du gouvernement américain. Qui sait: les voix de Dieu sont impénétrables.

Les Etats-Unis, un pays étrange. Fallait-il vraiment le découvrir ? Trop tard. Une nation existentialiste où l'achat à crédit précède l'essence. Un pays où le virus des armes à feu à du mal à franchir les frontières, fort heureusement. Sans doute parce que ce pays est une frontière. Genre Star Trek. Ou « the new frontier ». Un pays démesuré. Le système métrique ne s'y est d'ailleurs implanté que très partiellement, via le 9 mm. Et pourtant, ils roulent normalement, je veux dire à droite.

On pourra toujours dire que ce monde est étrange. Comme leur système de vote. Et pourtant, les citoyennes et citoyens des Etats-Unis continuent à voter. Et à élire sans broncher des candidats minoritaires aux cheveux orange. Bref, il faudrait étudier de plus près cet étrange pays. Il faudrait peut-être aussi s'intéresser à la Chine.

Car c'est en s'intéressant au monde que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France


19 avril 2020. 34ème jour de confinement.

Allons bon: maintenant, la rumeur dit que le coronavirus attaque aussi le cerveau. Selon un médecin, « si vous vous sentez confus, si vous avez des problèmes pour réfléchir, ce sont de bonnes raisons de consulter un médecin ». C'est assez vrai et même généralisable. Mais d'un autre côté si toutes les personnes qui ont des problèmes pour réfléchir devaient consulter un médecin, on risque d'engorger les services hospitaliers. Ce médecin insiste : « la vieille idée selon laquelle il ne faut venir que si on est à bout de souffle n'est sans doute plus valable. » J'espère bien! On ne va quand même pas juste consulter au seuil du trépas. Ce serait « dégueulasse »? Mais « qu'est-ce que c'est, dégueulasse? ».

Nan, en réalité, si la croissance des difficultés à réfléchir est corrélée au coronavirus, rien ne prouve qu'il y ait causalité. On peut très bien imaginer que le confinement devrait comprendre des restrictions non seulement de déplacements mais aussi de consultations des réseaux sociaux. Voilà un facteur qui doit peser lourd dans la sensation de confusion, au-delà de la communication gouvernementale qui n'aide pas, il est vrai. 

Car hasard ou pas (pas de procès d'intention s'il vous plaît), Facebook regorge de publicités pour des masques que des boutiques champignons auraient en stocks massifs. Livraison, promis juré craché, avant juillet 2020. Voilà qui n'aide pas à réfléchir lorsque dans le même temps, le gouvernement est pour l'obligation facultative de ne pas porter inutilement des masques bientôt disponibles et obligatoires selon des critères géographiques et de fragilité qui diffèrent d'un ministère à l'autre et d'une région à l'autre. Nouvelle pub de Facebook : l'indispensable instrument pour ne rien toucher: pour ouvrir des portes sans mettre la main sur la poignée sur laquelle les autres ont déposé le virus, pour retirer de l'argent sans toucher le clavier devenu un nid à Covid-19. Le déconfinement nous conduit vers un avenir sans contact. Dans ce meilleur des mondes, on prendra la main de l'autre sans la toucher, avec des gants en latex, on dînera sans toucher à la nourriture, en mode perfusion, on travaillera sans martyriser de ses deux doigts le clavier de son ordinateur mais en lui parlant, on embrassera via des emojis en forme de coeur ou de bisous virtuels, on ne fera plus d'enfants que par éprouvettes... Un monde clinique où le meilleur geste barrière sera la dénonciation. Un monde sûr, fondé sur la délation, où chaque citoyenne et chaque citoyen prendrait part au maintien de l'ordre. Avec des référents par immeuble ou lot, répondant devant des référents de quartier qui se réuniraient par commune délirante sous l'autorité de la préfecture. Sans compter les applications numériques qui vérifieraient par géolocalisation si on s'est trop approché de quelqu'un et nous retireraient des points retraites en cas d'infraction. Avec les premiers de cordées alphas, les gros bêtas, les lessiveurs gamma, les toussa (plutôt les djeuns qui ont en général moins de vocabulaire que la moyenne nationale).

Bref. Dois-je consulter un médecin au motif d'un esprit soudain confus ou suis-je saisi d'une lucidité froide et effrayante?

Car c'est en devenant enfin économiquement rationnelle que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France 


8 mai 2020. 52ème jour de confinement. J-3 avant le déconfinement.

Il est temps de faire avancer un dossier important. Chacun sait que la France est une mosaïque de spécialités culinaires. Le terroir, ça compte. Le confinement aurait-il gommer ces disparités et reliefs qui font le charme de notre great nation? Que nenni. Il les a renforcées.

Ainsi, tenus de rester à domicile, chaque résident confiné s'est trouvé un hobby de long terme en positon stationnaire verticale. Parmi ceux-ci, la confinerie. Et c'est là que les débats commencent.

Mêmes recettes ou vraies différences régionales ? La confinerie a donné naissance à la confinitine dans le sud-ouest et au pain confiné dans le nord, de l'Ile-de-France au Grand-Est, signe - inquiétant? - d'une influence bourguignonne grandissante en France. On notera tout de même une exception : la confin'quiche lorraine à ne pas confondre avec la confinkueche d'Alsace. Pendant ce temps, le sud-ouest revendique toujours le label du confinegras, alors que la recette est alsacienne, le fameux delikatesseconfinür (plus compliqué à prononcer, moins marketing donc, ce qui explique en partie sa déconfiture) : jusqu'aux années 1960, ce mets synonyme de Réveillon post confinement venait d'Alsace. De Strasbourg précisément où, depuis la fin du XVIIIe siècle, les pâtissiers traiteurs s'étaient fait une spécialité du pâté de Contades, inventé pour un maréchal de France, gouverneur d'Alsace. Son cuisinier eut l'idée d'un pâté en croûte rempli de farce fine et de foies gras qui eut beaucoup de succès à la cour de Louis XVI. Un maître queux bordelais y associera ensuite la truffe du Périgord, donnant naissance à ce monument du patrimoine gastronomique français. On notera la supercherie: si de planter un champignon était gage à chaque fois de créativité culinaire géniale, nous risquons de relancer la guerre des omelettes aux champignons. Il faut toujours se méfier des bordelais. Leur vigne est d'ailleurs californienne. On boit vraiment n'importe quoi. 

Avec le confinement, le relevé de prix des confineries ne permettra pas de déterminer tout de suite avec moins de 6% d'erreur le prix unitaire de ces biens de bouche: entre 15€ et 0.70€, selon. Mais une chose est certaine : le monde d'après confinement ne sera pas le même que celui d'avant, confineries obligent.

Le déconfinement va-t-il lancer une nouvelle vague de créations culinaires? Avec moult déconfineries dans chaque pays ? Nous attendons légitimement une feuille de route précise du gouvernement. Et surtout, lorsqu'une annonce est prévue à 15:00, qu'elle ne soit pas repoussée à 16:00 histoire de nous épargner une heure de blabla répétitif pour meubler sur les chaînes d'info en continue qui n'ont rien à dire mais le disent quand même.

Car c'est en déconfinerisant notre grande cuisine que notre nation sera great again.

Ceci étant dit, il est plus que temps de retrouver une vie normale.

Vive la République 

Vive la France


20 avril 2020. 35ème jour de confinement.

Je confirme: mes voisins du dessus sont toujours vivants. Surtout les enfants. A mon avis, ils ont suivi l'appel au soulèvement de Trump et tentent de se libérer du confinement gauchiste. Mais jusque là, soit les parents tiennent bon, soit les gosses n'ont pas compris que vaincre le confinement supposait de sortir. Ou alors, ils n'ont pas les clefs. En attendant, une ambiance révolutionnaire, genre 1776, gronde à l'étage au-dessus. Dois-je les dénoncer ? Ou dois-je signaler aux parents que des numéros verts anti-révolutionnaires. dits habilement dénommées « d'écoute des parents et d'assistance à la parentalité »

ont vu le jour? Le niveau national est « Allô Parents Confinés » de l'école des parents (805 382 300). 

Surtout que l'artisan doit passer ce jour pour commencer à examiner comment réparer leur douche. Je me réjouis de ce que ce dossier « dégâts des eaux dont on ne sait pas encore si elles comportent des traces de Covid-19 » avance aussi vite, mais redoute que d'ouvrir la porte d'entrée soit l'occasion pour ces sauvageons en devenir néolibéral de s'échapper et de prendre le pouvoir dans la rue. Ceci dit, y a presque plus personne dans la rue, sauf à Paris, dit-on. Mais attention: les chats ont repris le pouvoir à Athènes. C'est le moment de voter anarchiste.

D'un autre côté, si leur révolution anti-deconfinement ramenait la

paix sonore dans mon appartement... Rahhhh... toujours ce dilemme entre intérêt général et intérêt particulier. Certes, le néolibéralisme prône que la somme des intérêts particuliers forge l'intérêt général. Un peu comme la Finlande qui s'apprêterait à sortir de l'euro. Personnellement, je ne peux me résoudre à passer le fer à repasser sur mon pli keynésien. Terrible dilemme. Et puis, le président Macron n'appelait-il pas lui aussi de ses voeux à la #Revolution? Il va falloir que je médite: quel monde voulons-nous léguer à Valéry Giscard d'Estaing?

Car c'est en méditant sur la révolution néolibérale que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France


21 avril, je crois, de l'an 2020... non? Enfin on est en avril et pas loin du 36ème jour de confinement. Ou 36ème mois? Chéplu. Aujourd'hui, nous sommes lumardi. Ou marcredi. Un truc comme ça. Je pense. Enfin peu importe. On est un jour de la semaine. Forcément. Quoi que, dans le nouveau monde, on ne sait plus.

Ça y est, l'artisan est revenu finir sa tâche à l'étage au-dessus, pour colmater la fuite d'eau contaminée au Covid-19. Avec une perceuse. Et un marteau. Et un burin et une scie. Faire des trous et scier pour colmater, ça paraît paradoxal mais c'est lui le pro, n'est-ce pas? Faut faire confiance, être civique, discipliné, tout ça. Non, à quatre ans, vous ne savez pas que colmater une douche est un geste technique barrière qui demande qu'on fasse progressivement des trous obligatoires avec des clous rouillés longs comme ça sous attestation signée. Faut bien crucifier quelqu'un pour sauver ma salle de bain.

Le dentiste continue à opérer au-dessus. J'entends la perceuse fraiseuse faire son office. J'entends plus les enfants en revanche. Ni les parents. J'espère qu'il les a anesthésiés. Ou alors ils ont perdu connaissance. Mais « c'est sans danger » répète le dentiste nazi dans Marathon Man. Il plante à nouveau des clous. Puis scie quelque chose. Quoi? Personne ne proteste ou ne peut protester, donc je ne dénonce personne. Je me vois mal appeler « allô ? Quelqu'un répare mon dégât des eaux sans que personne ne proteste... » « Mais bien entendu monsieur, nous envoyons une brigade de vérification de la désapprobation silencieuse. » N'empêche, ça doit être douloureux. D'un autre côté, fallait pas m'inonder de flotte à chaque douche. Dent pour dent, hein. Les yeux, je sais pas. Du moment que ni eau ni sang ne gouttent via mon plafond, ça me va. L'artisan est passé me voir : « l'eau qui s'est écoulée est rouge? » me demande-t'il, suant dans un tablier plastifié noir genre bâche de Dexter, une hache et une scie à la main. « Euh... non... pas du tout... » « Ok. Tout va bien. Ça veut dire que j'ai bien colmaté. » Passé un petit frisson, je me suis dit « vivement la fin du confinement, quand même ».

Et le gouvernement a dit que le déconfinement démarre le 11 mai, qu'on vous dit, même si Sibeth Ndiaye nous a bien précisé « le plan n'est pas prêt ». Ouf. J'ai cru un instant qu'on était prêt, tout ça. Mais on déconfine le 11 mai. Pas le 10 mai, hein. Trop symbolique, j'imagine. Tout est politique. C'est marrant: le 10 mai est un dimanche. Comme en 1981. Non? Ça ne vous fait pas sourire. Bon... donc, pas de rassemblement place de la Bastille sous la pluie même en respectant les distances sanitaires et les gestes barrières. Tant pis.

Encore un chouette lumarcredi. Vivement merjeudi qu'on avance. Car c'est en avançant que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France


Toujours avril 2020. Un jour plus tard. Enfin on est en avril et plus tard qu'en mars, je crois. Jour n de confinement, on va dire.

C'est peut-être ça la fin du monde. Perdre la notion du calendrier. J'ai pas de calendrier de pompier. Marre des petits chats. Marre des casques. Marre des masques. C'est pas encore walking dead. Mais walking masked. Et pourtant la rue n'a pas bougé. Toujours les trois couleurs qui se relaient. Je sais pas trop si le vert arrive avant le rouge ou si c'est le rouge qui commence. Je sais en tout cas que l'orange est toujours deuxième, comme Poulidor. C'est comme la poule et l'oeuf. Ben la poule aux oeufs d'or arrive toujours en deuxième. Voilà. Et ce ne sont pas les mouches telles de cruels Cherokees tournoyant autour de moi qui me scalperont. 

Depuis le 16 mars, j'ai redéployé mes compétences. Grâce à Facebook, je suis capable en moins de 26 secondes de compter 78 triangles dans un triangle unique, de découvrir 19 mots cachés dans un dessin et de résoudre des systèmes de k équations à n inconnues de type « laitues plus ou moins fournies » « paires de chaussures avec ou sans lacets » « régimes de 2 à 6 bananes plantains ou pas » dont la somme donnent des nombres entiers, comme quoi on peut additionner des poules et des bananes même si l'équation n'est pas homogène. C'est la magie de Facebook.

J'ai aussi tout relu Dostoïevski, dans le texte, en russe, et j'ai enfin compris de quoi Crime et Châtiment parle. Si si : il suffit de mettre, grâce à une application Facebook, le livre face à un miroir et tout devient limpide. Je sais enfin pourquoi ils ne ne sont pas mariés et n'ont pas eu d'enfant et ont dû abandonner leur chien qui a finalement été adopté par une maman chatte grecque qui est trop mignonne mais je ne vais pas tout spoiler.

En somme, si notre productivité peut ressentir une légère tendance à la baisse, heureusement, Facebook nous permet de mobiliser et entretenir voire muscler nos neurones. 

Car c'est musclant nos neurones que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France 


Un autre jour en avril 2020. « Ça fait 38 jours qu'on est confinés » vient de rappeler sévèrement le père excédé du dessus à l'un de ses enfants qui lui rappelait que son vrai prénom n'était pas « Nicolas ». Merci. N'hésitez pas à m'indiquer l'heure de temps en temps aussi. En revanche, je trouve assez limite de promettre à vos enfants pour les calmer que leur vélo en grandissant deviendront des Harley Davidson.

Mais bon... On approche du mois de mai donc. D'après les informations venant de l'étage supérieur et mes calculs, nous serions le 23. J-18 avant le début du déconfinement. Et ça se présente super bien, non? 

En Moselle, a commencé la bataille du poil. Si. Le Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de Moselle vient d'interdire aux pompiers de porter la barbe et la moustache, pour des raisons de sécurité. Moi, chuis d'accord mais surtout parce que la mode hipster me gonfle. Ne me demandez pas pourquoi. J'aime pas. C'est tout. Peut-être parce que je ne pourrai jamais arborer une barbe aussi fournie. 25 pompiers ont été suspendus pour « visage insuffisamment glabre ». « On ne cédera pas. On ne se rasera pas », proteste l'un d'eux. L'appel au soulèvement trumpiste gagnerait-il l'est de la France ?

Pire. La presse qui commence à manquer de sujets pour sortir ses articles d'une sinistre monotonie, signale que la nicotine serait une excellente barrière au virus. On va finir par retrouver les cafés bar tabac enfumés. Pire encore, selon un sondage les résidents de notre great nation again se lavent moins. Surtout les hommes. Seulement 67% des personnes interrogées déclarent se laver chaque jour depuis le confinement, contre 76% auparavant (Ifop). Déjà que 76%, c'est pas top... 61% des hommes se lavent une fois par jour, contre 74% des femmes. Messieurs, je ne suis pas fier de vousSurtout si vous portez une barbe hipster dont chacun sait qu'elles sont des foyers à coronavirus. Et surtout que le motif invoqué pour ce relâchement hygiénique est qu'il n'y a pas besoin de faire bonne impression. C'est sympa pour vos cohabitants. 5% des hommes disent ne « jamais ou presque » porter de slip, contre 1% en février. Pas rasés, pas lavés, pas habillés, nicotinés. Ça va schnoufer dur en période de déconfinement. Un monde fou d'olfaction où même les poux marcheront sur la tête. En attendant, si mes voisins du dessus pouvaient se conformer plus strictement à ce sondage, ça m'arrangerait. A chacun ses paradoxes

confinés.

Le déconfinement, parlons-en justement. On était rentré pour sortir de la crise sanitaire et on va sortir pour entrer en crise économique. Comme d'habitude, chaque personne aura ses pauvres et les pauvres n'auront personne. Certains seront si pauvres que leurs enfants seront made in China, voire made in Bangladesh. Certes, il y en aura toujours qui sauront profiter de la situation pour faire fortune, par exemple en brevetant le « dentier élastique » qui s'adapte à toutes les mâchoires d'une famille voire de ses amis, entièrement remboursé par la sécurité sociale. Avec la version low cost « 12 dents seulement » pour les très pauvres. Cependant, si je pouvais vous glisser un conseil pour devenir riche simplement : se lever tôt le matin, travailler dur, hériter dès que possible d'un aïeul richissime. 

Allez. Remercions Dieu d'avoir créé le coronavirus et la crise économique sans avoir consulté personne, ce qui tend à démontrer que Dieu n'a pas encore intégré le sens du participatif. Car c'est en étant participatif que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France


Le jour d'après hier et deux jours après avant-hier, toujours en avril 2020. 40ème jour de confinement donc. Pour célébrer ça, je me suis injecté du désinfectant, écoutant le fameux Professeur Trump. Un p'tit cocktail maison. Je ne vous livre pas toute la recette, je vais peut-être déposer le brevet. Mais j'ai un peu ramassé ce qu'il y a dans le placard sous l'évier. Je peux juste vous dire qu'il y avait de la javel. Injection dans le plus grand silence pour qu'elle reste concentrée.

Après avoir touillé minutes ma mixture en y ajoutant de la chloroquine, je suis allé désinfecter ma seringue une dernière fois au cas où elle serait porteuse du coronavirus. J'ai alors fait comme dans les films et dans les laboratoires d'examens médicaux: garot à hauteur de ce qui me sert de biceps parce que je ne suis pas tout à fait Schwarzenegger (d'ailleurs je me demande comment il se ferait un garot: avec un pneu ?), tapotement du pli du coude, insertion de la seringue en respirant un grand coup, injection... retrait de la seringue, desserrement du garot, alitement immédiat.

Une expérience en soi. Un événement de corps qui m'a conduit au desêtre radical, proche du coming out mortifère.

Mais qu'est-ce qu'ils tous à me regarder comme ça? C'est très impoli. Est-ce que je me mêle de leur vie? Non. Je n'en veux pas au majordome d'avoir laissé entrer la horde de pangolins. Ou de pingouins écaillés. Le pangolin ou le pingouin, c'est pareil. Aucun ne sait voler. Mais tout de même. Ils me parlent doucement de leur dernière dissection du chaton roux. C'était clinique. Mais on ne va commencer à parler aux portes. Je ne suis pas paranoïaque mais on les écoute déjà beaucoup trop. Cependant, on ne sait toujours rien de la vie du boucher dans son frigo. Ni du poissonnier. J'irais d'ailleurs bien voir la mer. Parait qu'elle est démontée. Qu'on sait pas quand elle sera remontée. Question de temps. Le temps, l'espace. J'ai trop conscience de ce qui se passe dans ma chambre. La Nasa m'a dit hier que j'étais le centre de l'univers. Ça sert bien. Parce qu'en ce moment, tout tourne autour de moi. J'ai un peu la gerbe. Tout en sentant bien que ce que j'ai dans mes veines éradique mon cholestérol. Et les blattes avec. Les blattes. Elles sont jolies. Ce sont mes amies. Elles volent par saccades sans toucher aux coutures des rideaux. J'aime bien leur chant psalmodique. Les tuyaux d'orgue leur manquent je crois. Elles ne manquent pas de quinoa pourtant. Vous entendez ce silence? C'est Pimprenelle et Nicolas qui vont bien dormir ce soir.

Et là j'ai vu très clairement le camion de Dacca se fracasser sur les touristes coréens qui sortaient de la pizzeria. Y avait pénalty. Joe le taxi est mort sur le coup, décapité par Johnny Depp. Il éviscérait une tortue miniature à cornes bleues. Impossible de se cacher. Le véhicule blindé se mit à pleurer de l'huile très grasse. Ce n'est pas une raison pour pousser grand-mère dans les barbelés. Y en a marre de la bière au navet. C'est pas de l'air pulmonaire ça, mais du crachat de chat en fureur. Quand c'est qu'on atterrit sur Terre? C'est bon, ça va, je connais le grenier: un port à dockers tatoués qui bouffent des frites à l'aligot. En ouvrant la tranchée j'ai pigé que les pigeons ne fument pas de cigares. Surtout au pied du mur, une rangée de fusils pointés sur eux. Feu. Va falloir recoller les morceaux en regardant nos pieds. Feu jeudi. Nos pieds. Noupier. Jeudi. En regardant Nour prier. Jeudi. Oui. Recoller les morts. Coller les maures. Mauves. Chauves. Que j'ai vu. J'ai viw. View. Pourquoi, hein? Deux. Aussi. Rossi. Merci. J'ai pou tro la vie que tu doutes en route... fatigué là. Fatigué. Faut tiquer. Hein? Non non. Pas ça. Passa.

Vire l'aréopage.

Vire l'affreux si rance 


Le jour d'après hier en avril 2020. 39ème jour de confinement. Je le sais parce que je fais des croix sur mon mur pour m'en rappeler. Le problème est de se souvenir si on a fait une croix aujourd'hui ou seulement hier. Il me faudrait un pilulier. 

A 17 jours du début de la fin du confinement, c'est le choc. La cata. La vraie: nos petits chats domestiques peuvent attraper le coronavirus. Le traumatisme. Si votre « petite boule de poils respire difficilement ou miaule de manière rauque » précise Facebook, c'est qu'il est contaminé. Et le plus grave n'est pas qu'il pourrait vous contaminer, mais que VOUS avez pu le contaminer. VOUS! 

Ah ben non... pas les p'tits chats... du coup, Facebook déborde de billets scientifiques financés par des pubs diverses sur « comment ne pas transmettre le coronavirus à mon chat. » Une vraie question de société. Et il y a du boulot. Parce que maintenir la distanciation sociale de sécurité sanitaire avec un chat qui a faim (toutes les heures), bon courage. Et empêcher votre chat de se frotter partout pour marquer son territoire affectif ou de détruire votre canapé en se faisant les griffes au motif que vous n'avez pas encore désinfecté le dit-canapé, je souhaite bien de la joie aux heureux esclaves de ces félins. Déjà que vous fondiez d'attendrissement en regardant votre fauve laminer la chaise Louis XVI héritée de votre belle-mère dont vous savourez encore la disparition... Mais que va-t-on devenir si l'on ne peut plus toucher le museau humide de ce tueur en série psychopathe ? Si on ne peut plus le laisser pétrir de ses griffes infectées notre pull préféré ? 17 jours comme ça. Vous allez lui coudre un masque pour félin domestique et le changer chaque jour? 

Ceci dit, vous pouvez toujours mettre votre chat à la rue. Avant les boeufs cependant. C'est un chat. N'oubliez pas d'agrafer à sa queue une attestation de sortie pour raison de santé: vous prendrez une leçon de vie dans le même temps.  Ou alors, pour mieux le protéger, vous mettez votre chat à la cigarette. Deux trois clopes par jour pour commencer. Vous avez un petit mois pour arriver au paquet. Et pour bien le mettre dans l'ambiance volutes, organisez des parties de poker: mise minimale 10 croquettes, au début. Le chat sait-il bluffer? Non? Pas grave, laissez-le gagner, le chat est susceptible, il se vexe facilement : l'important est qu'il fume. Mais ne lui dites pas que le paradis est une zone non fumeur. Et de toutes manières, il a neuf vies (ce qui est certes bien moindre qu'un mensonge bien fait): il peut bien endurer un petit cancer. Et chacun sait qu'un chat retombe toujours sur ses pattes, ce qui pose la question existentielle « que se passe-t-il si on attache une tartine beurrée confiturée sur le dos d'un chat, sachant que la tartine tombe toujours du côté beurré ». Question très intéressante, non?

Protégeons nos chats! Ces animaux sont plus que les chiens nos meilleurs amis. La preuve, nous n'hésitons pas à les stériliser. Les chats nous reconnaissent à notre voix et à notre odeur. Au regard de la dégradation des comportements basiques d'hygiène de nombre d'entre vous, pas sûr qu'ils sachent qui vous êtes ces derniers temps. Ou alors il s'est habitué et continue à vous aimer. D'ailleurs, preuve de ce lien affectif, vous pouvez leur dire ce que vous voulez, que soit parfaitement stupide ou hautement intellectuel, le chat vous regardera toujours avec mépris en se demandant s'il n'est pas temps d'abréger votre misérable vie. Ils sont les patrons, nous sommes leurs majordomes. Et ils sont tellement mignons. Pas comme le pangolin, signe avec l'ornithorynque que Dieu se drogue.

Bref, prenez soin de vous et de vos chats. Car c'est ainsi que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France 


26 avril 2020. 41ème jour de confinement.

Je me sens très mal. J'aurais pas dû prendre les médicaments du docteur Trump. Va falloir purger tout ça et me sevrer. Mine de rien, la javel, c'est addictif. En tout cas, j'ai bien fait de mettre de la javel pour contrer les effets secondaires indésirables de la chloroquine.

Chuis très fatigué. Très fatigué. Chuis dans le mal, en PLS. Si fatigué que je ne peux pas dormir. Chuis à 2mm du sommeil mais sans jamais pouvoir toucher le matelas. Bon, je redescends quoi, et doit bien y avoir quelques effets secondaires.

Merci docteur Trump, super trip. La 666 road. Je comprends mieux maintenant les cheveux oranges. Et les déclarations inaccessibles au commun des non immunisés. Dans ma chair et mes poumons, le coronavirus est détruit, comme ma flore intestinale, mon foie, mon cholestérol, mes reins, mon diabète, mon cancer, mon arthrose. Mes globules sont tous transparents, mon sang est vert comme le produit pour déboucher les éviers, mon cerveau n'a plus d'idée, ni de neurone. Je peux presque adhérer à un parti politique qui marche... nan, j'déconne. Le MRP n'existe plus.

Ça va mieux donc. Maintenant, il me faut me rétablir de mon traitement prophylactique. J'ai jusqu'au 11 mai. Je vais reprendre des pilules rouges. Comme ça je reste au « Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre ».

Car c'est la prophylaxie qui fera que notre nation sera great again.

Vire l'aréopage.

Vire l'affreux si rance 


27 avril 2020. 42ème jour de confinement. J-14 avant le déconfinement. 2 semaines. 2 semaines. Un vent de liberté souffle dans nos esprits épris de grand large.

Sur mes attestation de sortie, 

Sur la poussière accumulée depuis 42 jours sur mes meubles

Sur les couronnes des déguisements de princesse roses pour gamines tendance barbie dont il faudra m'expliquer pourquoi on ne les pas encore jetés

J'écris ton nom.

Sur toutes les pages de mes mots croisés, 

Sur les cases de mes sudoku, 

Sur les tableaux de ma belle-mère et de ma grand-mère 

J'écris ton nom.

Sur le balcon et les plantes fanées du balcon

Sur les traces gluantes et odorantes des pigeons qui ont pris leurs aises et se sont laissés aller

Sur les cauchemars post sevrage des traitements du Dr Trump

J'écris ton nom

Sur le pain rassis de mes baguettes tradition accumulées

Sur les paquets de pâtes stockés pour 2 ans on ne sait jamais 

Sur les 60 kilos de papier toilette ouaté pour préparer le confinement dans le plus grand confort 

J'écris ton nom

Sur les pattes et le museau de mes chats histoire de prendre une leçon de vie 

Sur les factures qui s'accumulent et que je ne paye pas au motif qu'on est confinés

Sur mes masques KN95 anti-virus à 200€ l'unité 

J'écris ton nom

Liberté.

Car c'est en écrivant la liberté avant de tout nettoyer que bigre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France 


28 avril 2020. 44ème jour de confinement. J-13 avant le déconfinement.

J'ai pris 4 jours de congés. Pas de garde à vue, hein, de congés. Ça ne change pas grand chose, dans le fond, je continue à travailler (moins) en milieu confiné (autant). Mais au moins, je suis en congés. J'ai le droit de faire qu'est-ce que je veux. Enfin presque.

J'ai le sentiment que la douche de mes voisins du dessus est colmatée. Ou alors ils ont basculé dans les statistiques d'hygiène dégradée. Ça n'est pas le grand calme mais la torture chinoise est terminée. Je suis peut-être fou, d'ailleurs.

Coup de fatigue ? On aurait qu'il fait si chaud que les mots s'évaporent immédiatement. Au moins la marée chaussée ne pourra pas prouver qu'ils ont postillonné et n'aura pas de motif légal pour leur trancher la tête. Je me sens tout chose, j'ai le sentiment de me rétracter en moi-même comme un

parapluie qui ne protège aucunement de la pluie. C'est bien ce qui m'arrivait en effet. Je rétrécis. J'ai attendu un peu pour vérifier combien de centimètres j'allais perdre. J'allais finir ratatiné comme une chandelle à bout. C'est cela mes congés. Une bougie. Mais en attendant le vote sur le déconfinement sera effectif mardi à 15:00. Pour nous dire que l'avenir est devant. Que le passé est derrière nous. Le passé est mort. Le passé est mort. Y a que VGE qui n'est pas mort. 

Il faut regarder devant au cas où la voiture qui nous précède pile soudainement.

Car c'est en regardant devant que notre nation sera great again.

Vive la République 

Vive la France 


Retrouvez la suite de ce journal du confinement dans les carnets de fin avril à mai.

© 2010-2020 - François Hada