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Le consentement de la France au confinement

texte publié le 08-06-2020

Le confinement a été une épreuve pour nombre de Françaises et de Français. Vivre assigner à domicile, surtout lorsque celui-ci est trop étroit, éloigné du centre ville, lorsque les moyens monétaires manquent, et que le chômage est plus que jamais une épée de Damoclès planant au-dessus de la sortie du confinement, vivre ainsi est difficile. Faut-il ajouter l'exacerbation des violences ? Lorsqu'on n'a nulle part où se réfugier, le confinement devient alors enfer.


Pourquoi avoir consenti à ce confinement ?

La décision de confiner 67 millions de personnes n'a pas été le fruit d'un débat, mais d'une décision très « Vème République », où l'Etat central décide pour la population. Sans revenir sur les hésitations et une communication du gouvernement pour le moins tâtonnante et parfois de mauvaise foi, cette crise a été le moment de réinstallation de la décision verticale. L'Etat suivait un collège médical et s'appuyait donc sur l'appréciation de ces sachants scientifiques pour, après avoir dit un jour que l'on pouvait voter, dire le lendemain qu'il fallait d'urgence se confiner. Il fallait sans doute (compte tenu du faible stock de masques et de tests disponibles) se confiner entièrement. Mais on ne peut que s'interroger sur les conditions de cette décision unilatérale prise en chambre et non pas au vu et au su du peuple et le consentement de celui-ci. Chacune et chacun auraient compris que, dans les conditions qu'étaient les nôtres, au regard des capacités d'accueil des établissements de soins, de la faible disponibilité de masques et de tests PCR, il nous fallait rester chez nous. Le débat n'a pas eu lieu. Il a été gommé et remplacé par une décision scientifique qui a été vite malmenée par la question de la chloroquine.

Et pourtant, les Françaises et les Français se sont massivement confinés. Dans le consentement. Sans déroger à cette règle. Sans contester cette décision qui venait en contradiction avec la communication précédant cette décision. Sans contester donc. On pourra toujours évoquer les procès verbaux dressés ici ou là à quelques personnes récalcitrantes. Mais ces quelques milliers d'amendes sont peu de chose sur une population de 67 millions de personnes habituées à manifester bruyamment, dans la rue ou dans les urnes, leur désapprobation. Difficile aussi de croire au syndrome de la peur alors que peu auparavant il fallait « aller au théâtre »

et « voter ». Ce confinement a fait l'objet d'un consentement, malgré le mécontentement ambiant vis-à-vis des gouvernants, des réformes menée tambour battant, des protestations il y a encore peu violentes.

Il est possible que la défiance vis-à-vis de l'exécutif ait joué en faveur de ce consentement: faute de masques, mieux valait se mettre à l'abri en attendant une solution réaliste.

Mais on peut aussi penser que la France est un pays en « dépression », avec quelques variations d'humeur accompagnées d'une faible estime de soi, pour emprunter ces termes à la médecine.

La France est est peut-être en dépression eh cherche à se mettre à l'abri di bruit et de la fureur du monde. La France est fatiguée en tous cas. Fatiguée de devoir toujours se remettre en cause au nom d'une harmonisation imposée par le reste du monde et qui nous pousserait à abandonner ce que l'on est. Fatiguée de la pression continue de la compétition jusque dans nos smartphones où l'on compte le nombre de « likes » sur son compte Facebook. Fatiguée du chômage, des inégalités, des violences ou jacqueries qu'elles suscitent, fatiguée de s'entendre dire que c'est à elle de s'adapter au marché et pas l'inverse. Fatiguée d'une crise environnementale contre laquelle nos gestes quotidiens doivent lutter contre une catastrophe mondiale, tout en sachant que la masse du problème relève de décisions qui nous échappent.

« Je » veux bien trier mes déchets mais que font les industriels brûlant de l'énergie fossile? « Je » veux bien adapter mon temps de travail mais pas au prix de ne plus avoir de vie. « Je« veux bien payer plus d'impôts mais pas au prix d'exonérations des fortunes, et si l'on me dit pourquoi.

Alors, puisque le politique ne me répond pas, « je » rentre chez moi. Puisque « je » me sens seul à produire dans mon coin des efforts, « je » rentre chez moi. Puisqu'on me répète que le monde est dur et injuste mais que « je » dois être gentil et honnête, « je » rentre chez moi.

Le confinement a aussi été une pause dans ce monde de brutes vénéré par les tenants de la

modernité et du tout marché. Non, la compétition dans tous les registres de la vie ne « me » va pas.

La France, pourtant il y a peu en colère, a donc d'autant consenti au confinement qu'elle se repliait déjà sur elle-même pour soigner sa dépression.

Gare à la sortie du confinement.

© 2010-2020 - François Hada