FH

La République prise dans l'étau

texte publié le 16-06-2020

Les scènes inouïes de violence à Dijon inquiètent. Elles inquiètent parce que les forces de l'ordre n'interviennent pas. Elles inquiètent parce qu'elles renvoient à une communauté qui mène une expédition punitive et donc se fait justice sans faire appel à l'Etat.

Elles inquiètent parce qu'elles montrent qu'un phénomène communautaire n'est pas que le repli de certains entre « eux » mais aussi le rapport de forces avec d'autres communautés. Elles inquiètent parce qu'elles percutent l'idée que l'on se fait de la République et de l'Etat.

Certes, nous avions en tête que l'Etat et la République avaient abandonné des quartiers ou des zones géographiques. Mais cela restait loin et abstrait. Ces quartiers restaient « confinés » et cette fameuse diagonale du vide restait le refuge de ceux qui ne peuvent plus vivre en centre d'une grande ville pourvoyeuse d'emplois.

Et puis un groupe communautaire traversant la France s'est réuni et a perpétré plusieurs jours de violence, devant des forces de police qui n'intervenaient pas pour « ne pas envenimer la situation ». Quel aveu d'abandon. Quel aveu de faiblesse de l'Etat.

L'Etat n'aurait-il plus les moyens de contrôler des territoires? A l'américaine ? L'État n'aurait plus les moyens de faire respecter l'ordre lorsqu'une rixe de 200 à 300 personnes se déroule sur la place publique? L'État doit-il à ce point abandonner ses missions régaliennes ?

C'est que la préoccupation centrale de l'État était ces derniers années la rationalisation de son fonctionnement: comprenez la réduction de ses moyens au motif de critères budgétaires. In État plus efficace devait être un État moins doté et entièrement tourné vers le service fait aux marchés d'assurer leur bon fonctionnement. Et si l'ordre est perturbé ? C'est là que l'idée de République nous invite à nous rappeler que cette mission, en France à tout le moins, appartient à l'Etat, a été confié par la nation à l'Etat. Pas à des milices privées ou communautaires, comme il en existe aux Etats-Unis ou dans les pays où l'Etat est faible.

Nous payons, en regardant ces images désolantes, le prix d'un choix technocratique, le choix néolibéral. Ce choix laisse des zones entières de la nation abandonnées à elles-mêmes. Et la politique ayant horreur du vide, se sont développées dans ces zones des règles communautaires. Là où l'Etat est impuissant à faire régner la puissance publique, éclosent vite d'autres formes d'ordre, toujours d'intérêt privé.

Le néolibéralisme au sommet de l'Etat a laissé de l'espace au communautarisme. Le néolibéralisme a permis au communautarisme de grandir et de consolider son emprise territoriale et soi étale. C'est l'idée de nation qui est ici en jeu, et via cette question celle de la République.

© 2010-2020 - François Hada