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La gauche française et la République

texte publié le 21-06-2020

La gauche française a parfois du mal avec l'idée de République. L'une n'implique pas toujours l'autre. Et réciproquement. Les deux champs sont différents, que ce soit d'un point de vue historique ou symbolique. N'oublions pas que la gauche n'a apporté ni la démocratie ni la République en France. Certes, certains diront que la division entre droite et gauche date de ce qui s'est passé le 28 août 1789 au début de la discussion sur la constitution sur la question des pouvoirs du roi et du droit de veto. Les partisans d'un droit de veto absolu (les deux tiers) en gros se sont regroupés a la droite du président et ceux qui le voulaient juste suspensif 325 se disposèrent sur le côté gauche. Ce serait la naissance de la droite et de la gauche avec une gauche très minoritaire. Mais ce clivage relève plus de l'arrangement français que d'un élément marxiste qui fonde la gauche dans le monde.

 

Toutefois, au cours de son histoire, la gauche s'est souvent ralliée à la République : affaire Dreyfus, antifascisme du Front populaire, résistance à l'occupant allemand nazi, et ce, dès lors que la Démocratie était en danger, comme sous Vichy. 

C'est pourquoi la République a accueilli au Panthéon Jean Jaurès et Aimé Césaire.

Toutefois, ces ralliements sont à double tranchant pour une gauche marquée par le marxisme et qui mène le combat pour la justice sociale et défend les plus démunis. Au nom de l'idée de la République, la gauche s'est aussi emparée de la question de la laïcité. Peut-être parce que démunie pour répondre efficacement à la déferlante néolibérale depuis Thatcher et Reagan, et surtout avec la chute du mur de Berlin, la gauche française est venue sur les questions identitaires. La gauche a ainsi renoué avec la tradition républicaine : la famille source de valeurs morales et intellectuelles, le rejet de l'obscurantisme des religions, l'École vecteur républicain d'émancipation et d'égalité. A ces titres, la gauche semble en phase avec deux des trois piliers de la nation: l'école, la famille. Reste encore la question de la sécurité. Mais l'idée de laïcité fondée sur l'imaginaire républicain bute sur un obstacle majeur, l'incapacité de la nation à assumer la diversité culturelle, mondiale comme régionale. Le lien entre socialisme et républicanisme tend à écarter la gauche de sa vocation marxisante initiale et plonge la gauche dans une injonction contradictoire : l'idée de progrès peut-elle survivre à l'idée républicaine dont la symbolique peut paraître figée, donc conservatrice? Le thème républicain de l'unité n'est-il pas de droite ?

La gauche en France semble confrontée à un choix impossible : incarner la division ou sacrifier son idéal au nom du rassemblement. Défaite dans la pureté ou victoire dans la trahison traversent bien des débats à gauche.

Pourtant, la gauche n'a pas à craindre un retour à la tradition républicaine dominante ante IIIe République : une politique moins individualiste, tournée vers une citoyenneté faite de droits et de devoirs. Dans la ligne de la Constitution de 1793, le citoyen doit se mobiliser contre les injustices et les abus de pouvoir. Il refuse la fatalité et se tourne vers le progrès. Il lui faut ainsi s'indigner. Il lui faut ne jamais être indifférent à ses concitoyens et résister, ne jamais se résigner.

Gauche et République ont un avenir commun.

© 2010-2020 - François Hada