FH

Passation

texte publié le 03-07-2020

Étrange ambiance. L'annonce tombe par voie médiatique, par voix médiatique. On savait mais on ne savait pas. On espérait tout en étant résolus. Ce fut néanmoins un choc, comme un coup injuste. Mais la justice en politique, c'est un peu comme les amitiés en politique. Rien n'est normal en politique. Ce fut un coup d'arrêt, un relâchement des cervicales : c'est fini. Enfin. Déjà. Tant pis. Tant mieux. Dommage. Mais pourquoi?


Nous nous sommes retrouvés dans le magnifique parc à errer. Le téléphone ne sonnait plus. Plus de sms si ce n'est des textes compatissants aussi peu sincères parfois que ce que la convoitise du poste peut nourrir. Nous marchions entre ces arbres plantés par d'autres éphémères occupants de la fonction infernale. Et chaque arbre faisait souvent écho à l'égo du personnage. Un chêne n'est pas un bouleau. Plus rien à faire. Tellement étrange.

Puis nous avons retrouvé le patron. Pour un verre, quelques mots, des photos. Tristes.

Le prochain locataire nous donnait 24 heures pour quitter ces bâtiments inadaptés au travail. 24 heures pour trier, classer, pilonner, empaqueter. Certains devant l'immensité de la tâche - un bureau rempli de dossiers en cours - craquent. 24 heures pour rendre badges, téléphones et autres outils de travail.

Très vite, la décision s'impose: tout pilonner, n'archiver et ne garder que l'essentiel, les souvenirs qui rappellent nos succès.

Et puis vient très vite la passation. Quelques derniers mots piquants, l'un remerciant l'autre de tout ce travail admirable, l'autre souhaitant à l'un bon vent au service de l'intérêt général et surtout pas d'ambition personnelle. Ce serait trop laid.

Une dernière ovation. Il s'engouffre, le visage blanc, dans sa voiture qui l'emmène ailleurs, ailleurs.

Quelques journalistes affamés cherchent à capter des larmes. Pas de ça.

Nous nous retrouvons dans un café juste à côté, nous jurant solidarité et fidélité. Un dernier hourra. C'est fini. Chacune et chacun rentrent chez soi. Certains n'ont plus de travail. Il va vraiment falloir les aider.

Ces journées ont passé. Détruisant tout sur leur passage.

© 2010-2020 - François Hada