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Police Justice et Liberté

texte publié le 13-07-2020

Sommes-nous des victimes de la police ? Des dominés sujets à une violence aveugle et délibérée des forces de l'ordre ? Il y a bien entendu ici-bas des personnes opprimées. Oui, il y a des dérives policières, des bavures, des actes condamnables. Oui, il y a des policiers racistes.


Les forces de l'ordre font leur travail: maintenir l'ordre. Sans ordre, pas de démocratie. Mais parfois, les forces de l'ordre peuvent recevoir des instructions abusives. Elles peuvent être fatiguées. Elles peuvent aussi, à force d'être en première ligne, confondre leur mission avec la défense d'une conception biaisée de la société. Certains policiers peuvent se tromper ou dériver. Oui, cela arrive. Leur donner des moyens est la moindres des choses. Et oui, l'usage de la force peut sembler choquante parfois au public qui passe et comprend mal une interpellation. Mais comme le dit l'adage, « mieux vaut être jugé par 12 que porté par 6 ». Et un plaquage au sol ou un menottage vigoureux, sans justifier les pratiques d'étranglement, permettent parfois ou souvent, le saura-t'on jamais, un accident: l'interpellé aux mains libres dégaine le flingue d'un policier et tire. Cela est arrivé. Cela ne justifie en rien les tirs horizontaux de LBD ou les genoux sur la carotide.

Partant de cette émotion, certains activistes s'en prennent donc à cet État « répressif », à ce gouvernement et aux forces de l'ordre qui dérapent (et ils dérapent parfois, ne le nions pas).

Mais maintenir l'ordre public, condition élémentaire du système démocratique, est un dispositif qui dépasse la seule organisation de la police et de la gendarmerie. Maintenir l'ordre passe aussi par les corps intermédiaires avec qui l'Etat doit discuter pour s'assurer du bon déroulement d'une manifestation. Mai 68: aucun décès.

Mais constatons aussi que la dérive est aussi et plus souvent encore du côté de certains activistes ou de la société même, sans organisation particulière. Preuve en est du décès de ce chauffeur de bus, mortellement tabassé piur avoir osé rappeler des règles. N'oublions pas cette jeune gendarme fauchée par un automobiliste qui ne voulait pas être contrôlé. De quoi s'agit-il ? D'une mafia surarmée qui veut imposer sa loi? Non. Même pas d'une horde mafieuse tchétchène qui vient régler ses comptes à Dijon avec les délinquants du coin. Non, de petits délinquants ont pris la décision de ne pas tenir compte de la Loi de la République.

Et en aucun cas l'argument de ces voyous parce que victimes de la société n'est recevable. Non pas que la société n'ait pas de responsabilités sur le fond, non pas que l'urbanisation qui exclut ou les discriminations ne soient pas des réalités. Mais on ne peut minimiser les responsabilités individuelles comme si la loi était négociable. La justice sait faire preuve de discernement et adapter ses peines, elle sait soupeser dans sa balance les circonstances atténuantes et aggravantes.

La loi est une règle partagée. Elle est au fondement de la République, la res publica ou la chose commune. On ne saurait examiner un crime en fonction de celui qui l'a perpétré. La peine encourue, elle, saura le faire.

Comment revenir à un cadre accepté par toutes et tous ? On évoquera immédiatement les moyens. Ceux comptent, pour que police et justice fassent leur travail. Mais éduquer n'est pas mal non plus: pas simple de dire en collège et lycée que la loi protège les libertés individuelles et la sécurité et la vie des êtres humains... Pas évident que cela suppose d'inculquer que la rébellion ne saurait être un acte légitime. Nous, citoyens, avons décidé de transférer le « monopole de la violence physique légitime » aux pouvoirs publics pour éviter une société à l'américaine où chacun peut se faire justice. C'est ensuite devant la justice que l'on doit pouvoir contester une décision. Refuser ce système, c'est prendre le risque de la barbarie en croyant gagner plus de liberté.

© 2010-2020 - François Hada