FH

L'Histoire et la République à l'épreuve du monde

texte publié le 19-07-2020

Dans un monde ouvert, mondialisé, l'Histoire est un facteur d'exclusion. Comment parler des croisades ou de l'esclavage sans exclure du récit une partie des lecteurs ? Comment poser la question de la République et de ses valeurs sans entrer dans la contradiction de la situation des femmes et des colonies ? Il faut tenter un récit commun mais celui-ci est vulnérable par construction aux critiques légitimes ou pas.

Le danger est de faire de l'Histoire une narration de faits au service d'un message médiatique, sans nuance, binaire, clivant. C'est plus vendeur ainsi. Et les médias ont besoin d'argent.

 

L'Histoire est impitoyablement traversée de faits aux ambages troublants et qui éloignent d'un récit lisse et sans ambiguïté.

Prise sous le vent venu des Etats-Unis, la ligne républicaine française subit depuis vingt ans moult critiques et attaques lui reprochant de ne pas respecter les diversités culturelles, de broyer les identités culturelles, ethniques, religieuses. S'est formée sur cette critique la tentation d'une nouvelle gauche radicale communautariste, tentant de faire converger ces luttes. Sans débouchés : ces différentes lignes identitaires sont elles-mêmes en prise à de telles rivalités que cette convergence n'est qu'une illusion. Seul perdure le combat qui pour nourrir ses feux radicalise chaque fois un peu plus son discours. Tous ces particularismes suscitent de nouveaux discours, des contre-récits, en vain. Les faits sont têtus. Dès lors, la tentation est grande de les négliger. Ces mouvements veulent faire prédominer la représentation sur la réalité. Le regard porté sur un groupe compterait plus que les faits. Ils versent dans une radicalité qui exclut et n'a pas de débouchés qui fassent société. Ils ne veulent pas vivre ensemble mais ils veulent vivre à part ou contre les autres.

Il est temps que les historiens prennent la parole et ramènent les faits et l'analyse au coeur du débat.

© 2010-2020 - François Hada