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Pourquoi une telle peur du Covid19

texte publié le 02-08-2020

Les réseaux sociaux sont une caisse de résonance de nos psychologies individuelles et collectives. Entre les messages « je reste chez moi je sauve des vies » et les post qui compare la relativement faible létalité du coronavirus, s'ouvre l'espace d'un débat. Pourquoi ce virus qui tue moins que la grippe de Hong Kong ou que les maladies cardiovasculaires, a-t-il saisi à ce point la planète? 

Nous n'en sommes pas à notre première épidémie: la transmission n'est donc pas en soi un facteur de peur supplémentaire. D'autres maladies contagieuses tuent davantage chaque année. Alors pourquoi une telle peur du coronavirus ?


Il faut peut-être chercher dans les probabilités un premier facteur explicatif. C'est moins la probabilité d'être contaminé que l'effet de cette contamination qui compte. Surtout si cette contamination est non contrôlable. Face au Sida, l'être peut se protéger. Mais on ignore tant de chose au sujet du covid 19. L'effet inconnu et possiblement mortel rend le Covid 19 très inquiétant. Plus que cela, c'est l'inconnu qui entoure ce virus qui inquiète: le virus est nouveau, ses symptômes sont d'une banalité désarmante ou plutôt qui rendent la moindre douleur, auparavant traitée avec un peu de paracetamol, très anxiogène. Pendant ce temps, les médecins et scientifiques admettent leur ignorance. Et les consignes de protection individuelle entrent en résonance avec cette ignorance. L'individu est donc livré à lui-même. Sa perception du risque Covid19 en est amplifié. Le risque mortel encouru déborde la probabilité d'occurrence. Il est plus dangereux de prendre la route qu'un avion, mais si l'avion s'écrase au sol, il y a peu de chances de s'en sortir. Et encore, dans ce cas, on peut tenir un raisonnement. L'inconnu est plus grand dans le cas du Covid. Cette incertitude est devenue inacceptable dans nos sociétés.

Les autorités étant démunies, elles aussi, les mesures prises pour vaincre le virus sont alors radicales, au moins dans certains pays.

En France, le confinement a renvoyé chaque personne à sa solitude dans cette incertitude, amplifiant le caractère anxiogène de la situation. « Heureusement », les chaînes d'information nous informaient en continu que l'économie s'arrêtait, donc que le chômage se profilait à l'horizon. Et faute de remède, la confinement s'éternisait, en pleine contradiction avec les messages de performance et d'efficacité. Que de temps gâché. Et puisque crise économique il y aura, alors que le confinement est déjà inégalitaire, la fin de la pandémie amplifiera ces inégalités. Un joli cocktail d'anxiété.

Chaque individu s'est tourné vers l'autorité susceptible de gérer la crise. En France, c'est vers l'Etat que les attentes se sont adressées pour assumer la charge du risque. Que ses messages aient été confus n'a rien arrangé. Mais plus fondamentalement, cette crise sanitaire démontrait une impuissance de l'Etat face à une pandémie qui se moque des frontières ou des règles.

Inacceptable? A l'heure de l'information continue qui se nourrit de l'émotion et répètent à l'envi l'impuissance de tous les États ou presque face à cette crise, la société française n'accepte plus que l'Etat soit impuissant face à une pandémie de ce type. Car que se passera-t-il si un autre virus plus mortel encore déferlait sur nos plaine? Il sonnerait le glas d'un modèle déjà secoué par les exigences de la « mondialisation ».

© 2010-2020 - François Hada