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Emmanuel Macron au Liban: annonces très risquées

texte publié le 08-08-2020

Rappelez-vous. Le 4 novembre 2017 sur invitation du Royaume saoudien, Saad Hariri pense participer à un pique-nique dans le désert. Mais séparé de son escorte personnelle, le Premier ministre libanais est amené au palais de Mohammed Ben Salman. Mohammed Ben Salman, prince d'Arabie saoudite, force alors le premier ministre libanais Saad Hariri à démissionner, après l'avoir retenu en otage pendant deux semaines. 

Pour les Saoudiens, Saad Hariri est trop « tendre » avec le partenaire de sa coalition au pouvoir à Beyrouth, le Hezbollah, mouvement chiite libanais allié de Téhéran.

Emmanuel Macron négocie alors l'exfiltration de Saad Hariri à Paris. Puis celui-ci revient sur sa démission et est réinstallé à son poste. Joli coup diplomatique français. L'intervention du chef d'Etat français est à l'image des liens et intérêts qui unissent la France et le Liban.

La crise économique et politique s'aggravant, la conférence CEDRE, sous l'égide de la France, propose 10Mds$ de prêts sous réserve que le Liban se réforme. Il fallait notamment aider le Liban qui accueillait les réfugiés Syriens. 

Mais le Liban s'enfonce dans la crise économique. Et les premières manifestations dénoncent la corruption et l'incompétence des dirigeants. Saad Hariri doit retirer un projet de taxe sur les messageries instantanées. Il perd des sièges aux élections de 2018, puis renonce à se représenter en 2019, au profit de Hassane Diabe.

Le Liban ne se réforme pas ou plus et les fonds n'arrivent plus. Idem pour une demande de prêt de 10 Mds $ auprès du FMI: stoppé. Le Liban n'est plus désormais dirigé que par des « chefs de guerre », dont le président Aoun, chrétien, élu grâce au soutien du Hezbollah, chiite, lequel resserre son emprise sur le pays.

C'est peut-être ce levier que le président Macron entend utiliser pour faire bouger le gouvernement libanais. C'est peut-être pour cela qu'au milieu de la foule à Beyrouth il annonce qu'il va « parler à toutes les forces politiques pour leur demander un nouveau pacte politique », qu'il va demander aux responsables « de procéder à des réformes [...] de changer le système, d'arrêter la division du Liban, de lutter contre la corruption ». Drôle de pari quand on connaît la « souplesse » et les objectifs du Hezbollah, soutenu par l'Iran, soutenu par la Russie. Surtout qu'un autre investisseur, la Chine, moins regardant quant aux pratiques anti-corruption, s'intéresse au Liban et à ses débouchés maritimes méditerranéens, pour investir des sommes au moins aussi importantes.

En cas de refus, alors que les Etats-Unis prennent quelque distance avec le Liban, les adversaires de la France ne manqueront pas de souligner son échec diplomatique qui se ferait aux dépens des populations. Pour le moment, Emmanuel Macron a pris le leadership de la réforme du Liban, seul, parce qu'aucun chef d'Etat ne le suit pour le moment. Seule la foule est descendue dans les rues de Beirut ce jour pour réclamer le départ du gouvernement libanais.

© 2010-2020 - François Hada