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Relire « L'esprit de Philadelphie »

texte publié le 15-08-2020

Ce livre d'Alain Supiot, professeur de droit, professeur au Collège de France, rappelle toute l'importance de la Déclaration de Philadelphie, proclamée en 1944 par l'Organisation internationale du travail (OIT). 

Cette déclaration fait de la justice une clef de voûte de l'ordre juridique international. Elle est universelle et affirme que le « travail n'est pas une marchandise » et qu'« une paix durable ne peut être établie que sur la base de la justice sociale ». L'idée de « sécurité économique » est placée au coeur de ses principes. Impossible de ne pas être frappé par la résonance de ce texte de 1944 avec notre actualité.

Car de nos jours, nos systèmes économiques et sociaux ont cédé la place à l'exact opposé de la Déclaration, sous l'influence de la contre-révolution néolibérale anglo-saxonne, mise en oeuvre dans les années 80, et, après la chute du mur de Berlin, de la conversion des ex-pays communistes à l'économie de marché ultra-libéral.

En France, les principes du programme du Conseil national de la Résistance ont été méthodiquement démantelés. L'État-providence a été peu à peu privatisé et les travailleurs ont été même mis en concurrence sur une échelle internationale.

Les services publics ont eux aussi été privatisés (électricité, gaz, poste, autoroutes, chemins de fer). « L'esprit de Philadelphie » met en pièces la doctrine du « New Public Management » imposant aux États de répondre aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises du secteur marchand. Lisez ou relisez pour venir à bout du « marché total » où la mobilisation d'absolument toutes les ressources humaines, techniques et naturelles, transforme les êtres humains en un combustible d'une « turbine alimentée en sang humain ».

© 2010-2020 - François Hada