FH

Un mariage à Calcutta

texte publié le 22-08-2020

Je me rappelle avoir assisté à la célébration religieuse (puja) d'un mariage à Kolkota (Calcutta, Inde). La mariée était américaine de parents nés Bengalis. Le marié était britannique. La moitié des invités étant uniquement anglophone, l'autre étant bengali et aussi anglophone, un interprète avait été convié pour traduire du sanskrit en anglais les paroles du pujari (officiant). Sanskrit qu'en fait la plupart des Bengalis ne comprennent pas non plus. 


Le puja comporte douze étapes, dont celle qui symbolise « l'épouse qui nourrit son époux » d'une boule de beurre terriblement grasse et sucrée. Le mari DOIT manger TOUTE la boule, pour le plus grand bonheur vaguement sadique de l'assistance: « you have to eat it all » précise le pujari, impitoyable.

Ce furent alors les mantras: les mariés devaient répéter les paroles du pujari. C'est alors que l'interprète traduisit en anglais l'une des phrases que l'épouse devait répéter à l'adresse de l'époux : « je te reconnais comme un demi-dieu ». Stupeur puis remous de protestations exclusivement féminines dans l'assemblée. « Quoi! Je n'ai quand même pas dit cela! » « Lui, un demi-dieu, c'est une blague? ». Les femmes bengalis découvraient avec stupeur qu'elles avaient toutes répété cette phrase sans en comprendre le sens lors de leur mariage. Plusieurs générations réalisaient soudain dans un demi-rire indigné ce qu'elles avaient dit.

Faut-il préciser qu'il n'est pas demandé lors de la cérémonie au marié de reconnaître son épouse comme une demi-déesse?

© 2010-2020 - François Hada