FH

La chute de la Nation

texte publié le 20-09-2011

Le titre dit tout de cette pièce de théâtre. Mais du début à la fin, au long de quatre pièces épisodes, on préfère ignorer sa conclusion. Pourtant, on vous le dit, on vous le répète: c'est la chute d'une nation. Attention: ce n'est que du théâtre. Rien à voir avec la vraie vie politique, avec un choc présidentiel, ni avec la montée de l'extrême droite. Jusque-là, tout va bien. Perquis est le grand favori des sondages. Son nom claque comme un acronyme taillé sur mesure pour un monde médiatique. Crinière blanche, allure imposante, il a la stature. Personne ne le conteste. Il s'engage, sûr de sa com', dans les primaires de l'Union de Gauche.  Mais ce retour heurte quelques sensibilités morales. Car Perquis revient d'une peine de 10 ans d'inégibilité. Pour tricherie. Jean Vampel, député inconnu, l'affronte, et le fait chuter, d'un débat, au nom de la morale. Baubrac, leader de l'Union de Gauche, une femme d'appareil, est propulsée favorite des sondages. Il n'y a en fait personne d'autre. Il n'y a pas de relève. L'Union de Gauche n'a pas préparé son avenir. Mais jusque-là, tout va bien. Encore 20 mètres. Vampel hésite, mais poussé par son entourage qui sent un coup à jouer, se lance lui aussi dans les primaires et défie Baubrac, la  légitimité de l'appareil. Mais c'est d'accord, c'est juste pour voir. Ensuite, il l'a ralliera. Il faut raison garder. Vampel arrive, comme prévu, deuxième aux primaires. Tout va bien. Il se range derrière Baubrac. Mais voilà... Baubrac le méprise, veut lui tordre le bras, l'insulte. Encore 15 mètres. Vampel se rebelle et annonce sa candidature à la présidentielle, au nom de la morale. Contre Baubrac, contre la présidente sortante, Alatar, archi-favorite de la droite sortante. Survient l'improbable. Alatar meurt subitement dans un accident de voiture. Improbable ? Là n'est pas la question. La disparition d'Alatar met à jour l'évidence symétrique: à droite non plus, ils n'ont pas préparé l'avenir. Il n'y a pas de relève. Son plus solide ministre n'est pas Français. Du théâtre, vous dit-on. Plus que 10 mètres. Alatar décédée, son ministre d'extrême droite - oui, preuve que ce n'est que du théâtre, le gouvernement de droite a passé une alliance avec l'extrême droite... - , Mérendien, sent ce vide politique qu'il peut investir. Et il s'y engouffre. A force de ne s'en remettre qu'à des personnes, ni la gauche ni la droite ne sont prêtes. Mérédien nourrit son discours démagogique, populiste et xénophobe d'un climat où la violence comble le vide politique. Premier tour de la présidentielle.  Vampel arrive deuxième derrière Mérendien, avec 11%. L'union de Gauche est éparpillée, la droite réduite en morceau. Au second tour vont s'affronter l'extrême droite, minoritaire, à la nation républicaine, très majoritaire. Parce que passé ce choc politique, la Nation va se ressaisir. C'est sûr. Plus que 5 mètres. Mais la somme de voix majoritaires ne fait pas une majorité. Les discours de raison ne font pas un discours d'adhésion. Mérendien gagne du terrain dans les sondages. Chacun va chercher dans cette avancée à investir son petit intérêt personnel. Malgré quelques dérisoires ralliements, Vampel est seul et les tenants de la nation déchirent ce qui reste de la nation. Plus qu'un mètre. La poussée de Mérendien est inexorable. Il est en tête des sondages. La droite et la gauche s'entendent alors sur un dernier rempart. Il faut tricher pour arrêter le pire, pour sauver la nation. Sacrifier le principe de la démocratie pour sauver celle-ci. Mais attention, il faut que ça marche. Si Mérendien s'en aperçoit, ce sera la fin... Fin du dernier épisode de la chute d'une nation. Tous les acteurs reviennent sur scène pour saluer. La salle les ovationne, un à un. La tricherie a-t-elle focntionné? Peu importe, ce n'est qu'une pièce de théâtre. Puis la pénombre se fait. Un dernier faisceau diaphane désigne une tribune. Mérendien s'avance alors lentement et pose ses mains sur le pupitre pour prononcer, en nouveau maître, un discours…celui de la chute d'une Nation. A voir donc... La chute d'une nation, à "La Manufacture des abbesses". Rassurez-vous, ce n'est que du théâtre

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