FH

Lionel Jospin : première réaction

texte publié le 04-09-2020

Et soudain Lionel Jospin ressurgit. Lionel Jospin, monsieur Dream Team. Celui qui avait profité du trait de génie stratégique de Jacques Chirac. Celui qui avait confié les clefs du 10 rue de Solférino (si t'as connu Solférino t'es un ancien) à François Hollande, devant un bureau national déjà haineux à l'égard de son nouveau premier secrétaire, malgré la victoire de 1997: « c'est le plus politique d'entre vous » avait asséné celui devenait premier ministre.


Lionel Jospin qui profite du retour de la croissance pour lancer les 35 heures. Lionel Jospin qui ne se sent pas si proche que cela du cénacle de dirigeants de gauche européens et américain. Tony Blair et sa troisième voie ne le séduisent pas. Pas plus que Bill Clinton et son saxophone. Il est isolé idéologiquement au sein d'une gauche qui veut rompre avec le marxisme et qui, tirée en France par DSK et consorts, veut se réconcilier avec le marché.

Lionel Jospin qui laisse partir DSK pris dans ses affaires et déséquilibre sa politique. Lionel Jospin que la croissance n'aide plus et qui bute sur le chômage « dur », sur les questions de sécurité, pendant que Jacques Chirac, lui, laboure le terrain, et fait campagne, inlassablement, à l'ancienne. Lionel Jospin à qui il manque 2 bulletins par bureau de vote pour franchir le 1er tour parce que, dit-on, son programme ne parle pas d'ouvrier et qu'il lâche lui-même que son projet n'est pas socialiste.

Jospin humilié qui annonce avec fracas qu'il se retire du monde politique, laissant le PS sans leadership. Lionel Jospin qui laisse François Hollande mener la campagne des législatives qui s'avère moins désastreuse que la présidentielle (114 députés PS sont élus, perdant 115 sièges).

Lionel Jospin détesté pour avoir abandonné le navire en pleine tempête. Lionel Jospin sifflé à l'université d'été du PS à la Rochelle (si t'as connu la Rochelle, t'es un ancien) pour avoir tenté un retour.

Aujourd'hui, il est un sage avec une hauteur de vue incomparable. Certes. Comme le premier caillou que le soleil couchant et rasant sur le désert socialiste érige en cathédrale. On regrette cette époque. On oublie le choc que fut 2002 et ses causes. On oublie la médiocre campagne de 2002. La difficile fin de quinquennat. Le FN au second tour est devenu presque banal.

Je vais lire son interview à l'Obs. J'achèterai peut-être son livre. Peut-être.

© 2010-2020 - François Hada