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Lionel Jospin : j'ai acheté son livre

texte publié le 05-09-2020

J'ai lu l'interview donnée par l'ancien premier ministre au magazine qu'il appelle encore « Le Nouvel Observateur » devenu il y a quelques temps déjà « L'Obs ». Je l'ai lu intégralement, cherchant derrière chaque phrase ciselée une profondeur d'esprit, une hauteur de vue politique. Je n'ai rien trouvé. J'ai peut-être mal lu. J'y ai repéré des erreurs d'analyse et des pans de l'Histoire revisités. Du bon politicien. Comme si Lionel Jospin avait encore besoin de se justifier. Première réaction donc. Pour exister. Pour ne pas être engouffrer dans les méandres de la mémoire qui avale sans pitié les politiques les uns après les autres, laissant à l'Histoire le soin de faire le tri.


Je n'ai pas voulu rester sur cette note. Je suis donc tombé dans le panneau et j'ai acheté son livre: « Un Temps Troublé ».

Premier chapitre ou introduction : déjà les erreurs recommencent. Non, l'échec de François Fillon ne date pas de l'affaire l'impliquant, mais de son silence suicidaire pendant plus d'un mois après son investiture comme candidat LR. Un drôle de mois sans campagne alors que s'accumulaient les questions au sujet de son programme. C'est à ce moment qu'il perd sa domination de la présidentielle et redevient un candidat parmi les favoris. Non, ce n'est pas cette affaire qui fait le succès d'Emmanuel Macron qui n'est alors que classé 3 ou 4e des candidats en lice par les sondeurs. C'est d'avoir su se rallier François Bayrou qui le propulse vers le sommet. Alliance décisive même si le Modem pèse peu, mais qui tranche une question à laquelle le PS n'arrivait pas à répondre : aller au centre où rester sur sa gauche? La faiblesse de la candidature socialiste issue des primaires achève de convaincre les électeurs de gauche. Nous connaissons la suite: la gauche élira Emmanuel Macron qui s'appuiera ensuite sur les forces du centre droit et de droite.

En revanche, il est probable que si François Hollande s'était présenté à sa réélection, il aurait perdu devant François Fillon, et Emmanuel Macron ne serait pas à l'Elysée (donc).

Et puis dès les premières pages de ce livre, on retrouve sous la plume de Lionel Jospin ce besoin de se justifier. Les gens l'aiment, puisqu'il se fait arrêter dans la rue où il se promène simplement, et répond à leurs questions. Agaçant. Mais cela lui permet de répondre à l'arrogance des « marchistes » qui proclament que « rien n'a été fait depuis 30 ans » alors qu'eux-mêmes étaient très souvent à l'oeuvre durant cette période. Pourquoi répondre à cette critique médiocre?

Fin de l'introduction. Je tourne la page: un chapitre s'ouvre sur les années 1985-2002... j'ai refermé le livre.

J'attendais une réflexion, pas un ravalement de façade. J'ai peut-être tort de dire cela, puisque j'ai arrêté ma lecture là. Dites-moi si je dois la poursuivre.

© 2010-2020 - François Hada