FH

L'État précède la nation

texte publié le 22-03-2021

Nous devons replacer la France sur sa trajectoire historique. Quelques errements néolibéraux lui ont fait prendre des chemins de traverse. Aucune réforme, aucun progrès ne sera possible sans renouer avec ce qui fait la France, sans l'idée républicaine de la nation au fondement du pays. 

Et parce que les dégâts du néolibéralisme sont considérables, parce que les inégalités qui sont inhérentes à cette idéologie sont inacceptables et incompatibles avec nos principes républicains, il faut remettre à l'ordre du jour une politique de réduction des inégalités, une politique de gauche.

Chaque pays s'inscrit dans une Histoire et une représentation de ce qu'il est. Chaque pays fonde sur son Histoire sa place et sa projection dans le monde, sa capacité à avancer, à se réformer, à améliorer le bien-être de chacune et chacun. En France, l'État a forgé la nation : l'État précède la nation.

En Allemagne, ce sont les Länders qui font la nation et ont fondé l'État fédéral allemand. L'Allemagne est de ce fait la nation que nous connaissons : fédérale, où le Parlement précède la Chancellerie, où les corps intermédiaires alimentent les élus de leur compréhension des mouvements du pays. Ce sont les Provinces espagnoles qui font la nation espagnole et ont fondé l'État espagnol, union de provinces très indépendantes les unes des autres (au regard de ce que l'on connaît des régions françaises). En France l'État précède la nation. C'est l'État qui a forgé la nation, et ce, depuis Philippe le Bel, Louis XIV, Napoléon, et la IIIe République, puis la Ve République. C'est l'État qui a dessiné ou repoussé les frontières de la France, parfois par la guerre. C'est l'État qui a organisé le pays en départements. L'État en France a organisé la nation depuis 1793 en République, même si celle-ci n'a trouvé sa forme plus aboutie qu'en 1870. C'est l'État qui a toujours donné un sens à l'idée de France, un projet, un avenir. Cela ne préjuge pas des nécessités de décentralisation, de transferts de pouvoir aux régions, aux métropoles. Mais dans l'inconscient collectif français, l'État est l'acteur majeur de la décision avant les régions, avant les municipalités. La place du préfet en département comme en région en témoigne. Le Chef de l'État précède le Parlement.

Il est de ce fait illusoire de vouloir transformer du jour au lendemain la nation française en un pays fédéral. Et s'il est tout aussi illusoire de vouloir que l'Europe soit française, il n'est pas moins contre-productif de vouloir adapter à tous prix la France à un système européen ou mondial qui ne tiennent pas compte de ce principe fondateur de la France. L'État précède la nation et donc les régions.

© 2010-2021 - François Hada