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Que veut-on faire de l'Etat?

texte publié le 27-03-2021

La République, où le pouvoir est exercé par des personnes élues, est l'autre singularité française : la France est d'abord un État-nation républicain qui prône la Liberté, l'Égalité et la Fraternité. La République est indivisible, laïque, démocratique et sociale.


La démocratie signifie que le peuple détient le pouvoir. Dans les faits, le peuple exerce son pouvoir en désignant ses représentants, qui détiennent le pouvoir exécutif et législatif. Les citoyens ont le droit de vote et peuvent ainsi élire le président de la République, les députés, le conseil municipal, et autres représentants locaux.

La France est un État laïc depuis la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État. Cette loi affirme que l'État ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte. Autrement dit, l'État n'a pas de religion officielle comme sous l'Ancien Régime, ne paye pas les hommes d'Église et ne donne pas d'argent aux religions. Pour la population, cela signifie que chacun peut avoir une liberté de culte, de croyance, de conscience.

De ce fait, 2022 ne se jouera pas entre d'une part une vision néolibérale de l'État pseudo-progressiste et d'autre part les réactionnaires nationalistes du type FN/RN. Là n'est pas la question, là n'est pas le débat qui traverse la France. L'élection présidentielle en 2022 posera la question républicaine : « quelle République et quel État voulons-nous ? » plus que le débat mondialisation versus nationalisme ou mondialisation versus écologie sociale.

L'idéal républicain privilégie l'universalisme aux particularismes, la volonté générale à l'individualisme. Le libéralisme est une culture politique minoritaire en France. L'Unité est le thème fondamental de l'imaginaire républicain et le demeure encore aujourd'hui.

Ce point cardinal oriente la réflexion sur les grandes questions politiques, sociales et culturelles de la France d'aujourd'hui : la fracture sociale est un mot d'ordre de campagne présidentielle qui trouve son écho parce que la désunion n'appartient pas à notre projet collectif. L'exclusion sociale est le lieu d'un combat permanent et c'est par exemple pourquoi les inégalités territoriales induisent des péréquations.

Dès lors, l'intégration européenne devient problématique si elle se fait en conflit avec nos principes républicains. Les dysfonctionnements du système éducatif, pilier de la République qui assure à chaque individu la possibilité de s'élever socialement, deviennent intolérables au nom de l'intérêt général. Et la place de l'Islam peut paraître trop orthogonale aux principes républicains si la nation laisse s'installer le communautarisme.

Retour de bâton, en affirmant cet idéal universel, des « groupes » (les femmes, les minorités culturelles, les colonisés) se sentent exclus de la République. L'idéal républicain en France est aussi source de tensions, de déceptions, voire de rejet.

A l'heure d'une mondialisation et d'une globalisation jamais poussées aussi loin, alors que le principe néolibéral tend à triompher, mettant les États au service des intérêts des marchés, le discours de la République française porte moins dans le monde et la révolution de 1789 n'est plus un phare pour des révolutions démocratiques contemporaines (printemps arabe) qu'elle l'était dans les années 70 pour les transitions politiques en Europe méridionale des années 1970 (Espagne), pour les intifadas palestiniennes, la chute du mur de Berlin ou encore la mutation de l'Afrique du Sud en démocratie post-raciale.

Parmi tous les effets de la pandémie du coronavirus, l'idée que l'autre est source de danger, que le monde est trop mondialisé, fait ressurgir l'opposition entre repli xénophobe et valeurs républicaines. Gageons qu'à l'heure des épreuves raciales outre-Atlantique, certains s'emploieront à importer une question américaine pour renier l'idéal républicain. En somme, en réalisant que le monde s'est trop globalisé au prix d'abandon de souveraineté nationale, le danger est grand de voir sombrer l'idéal républicain.

De ce fait, la question qui se pose, depuis déjà plusieurs années, est « que veut-on faire de l'Etat donc de la France ? »

© 2010-2021 - François Hada