FH

Prendre le (risque du) temps

texte publié le 22-05-2013

Premier billet de blog. Trac. Pour parler du temps, j'ai pris mon temps. Etrange concept, le temps. Le premier billet de l'ami Charles Sutrel parle lui aussi du temps, d'ailleurs. Ça doit être l'obsession de la quarantaine. Un temps où l'on a acquis les prémisses de la sagesse, de celle qui apprend à maîtriser l'impatience de sa jeunesse. Je voudrais juste prendre le temps à travers ce blog. Un luxe dont le temps politique de ces dernières années tente de nous priver. Du storytelling de Nicolas Sarkozy au "changement c'est maintenant" de François Hollande, quel temps nous reste-t-il juste pour nous poser et réfléchir ?

Nicolas Sarkozy nous a offert un cadeau empoisonné en important le storytelling. Doublé d'une capacité hyper-présidentielle à être présent sur tous les fronts et à paraître maîtriser l'agenda médiatique français, voire l'agenda mondial. N'oublions jamais qu'en un rien de temps en mai 2002, le ministre de l'intérieur avait triomphé du sentiment d'insécurité qui avait été entretenu par un emballement médiatique sans précédent. Si ce n'est pas maîtriser le temps, qu'est-ce que c'est ?

Nous sortons à grand-peine d'une décennie épuisante à courir derrière un hyperactif et des médias contaminés. Ceux-ci ne sont pas encore sevrés de l'urgence permanente dans laquelle les a plongés le "starkozysme" (je n'aime pas trop ce titre d'Olivier Duhamel et Michel Field, quelque chose comme "sarkozapping" me plairait plus, finalement). Il n'est qu'à voir l'impatience que chacun feint de manifester quant à l'action du gouvernement de Jean-Marc Ayrault et du président de la République. Celui-ci sera d'ailleurs bien avisé d'"accélérer les réformes", même Bruxelles le dit. Et ne prenons surtout pas le temps de réfléchir, hein...

Combien de temps les imbéciles vont nous chanter que "le changement c'est maintenant" ça voulait dire le grand soir, dès le 7 mai au matin ? Et bien sûr 1.700 milliards de dette effacée, c'est tellement simple de juste le vouloir. C'est ballot, le slogan aurait juste dû être "le changement ça commence maintenant et ça va prendre un peu de temps", mais ça ne devait pas rentrer sur les affiches. Tout aurait été simple, clair, et nous aurions même eu le droit de prendre le temps de réfléchir.

Prenons donc... prenez le temps avec nous. Prenons ensemble (et tout sera possible) le temps de réfléchir, débattre, nous disputer... ne zappons pas avant la fin d'un débat comme on zappe pendant la pub... prenons le temps. Non pour faire les malins, mais en signe d'humilité face à la complexité du monde et la fragilité de notre temps.

André Guérande @AndreGuerande

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