FH

Allocations familiales et justice

texte publié le 28-05-2013

C'est dit: après les manifestations contre le mariage pour tous, les ténors de la droite ont décidé de s'opposer au Gouvernement sur le thème de la famille. A commencer par les allocations familiales. 

Le principe de justice sert de tuteur à bien des décisions politiques. A ce titre, la mise sous condition de revenu des allocations familiales est souvent évoquée en faisant appel à l'idée de justice : les familles aisées ont moins besoin d'aide que les familles peu aisées. Jusque-là, on comprend. Ce serait considérer que la redistribution doit prendre pour seul axe le revenu.

Or la politique familiale n'a pas été conçue au sortir de la Seconde Guerre Mondiale avec pour mission de redistribuer des plus riches vers les moins riches, mais de redistribuer des foyers sans enfant vers les foyers avec enfants. Là se trouve le principe " nataliste " de la politique familiale, et non pas, comme l'affirment quelques politiques férus de discours simplistes, parce ces allocations favoriseraient la natalité. A moins de vouloir lire un calcul vénal dans les liens d'un couple. Non pas que cela n'existe jamais, mais de là à en faire une norme... cessons-là cette dérive et revenons à une analyse plus digne de l'être humain. 

Si le dispositif des allocations familiales vise à redistribuer des revenus entre ceux qui ne sont pas parents et ceux dont les cernes plus ou moins témoignent que leurs bambins ont musclé leurs revendications nocturnes, alors la mise sous condition de ressources des allocations familiales instaurerait une redistribution le long du mauvais axe, celui du revenu. A terme, connaissant l'appétit des politiques pour alors dégager de nouvelles recettes " justes ", ce choix pourrait altérer les principes de ce versant de la protection sociale. Dans ce cas, serait-ce prendre le risque qu'un jour les parents riches, mus par le soucis vident d'efficacité, préféreront contribuer directement au bien-être leurs enfants, plutôt que de passer par la case contribution à destination des enfants de parents moins fortunés, et à l'avenir très incertain, voire certain ? 

 Est-il juste de demander à des familles sans enfant de verser une allocation aux familles qui ont des enfants (au moins deux) ? Est-il juste que cette allocation soit indépendante du revenu mais dépendante du nombre d'enfants ? Le débat autour de la mise sous condition de ressources des allocations familiales, une allocation universelle, est ancien. Lionel Jospin avait engagé cette réforme et l'avait finalement retirée.

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