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Il faut supprimer le mot race de notre Constitution

texte publié le 28-05-2013

Le mot « race » peut-il disparaître de nos textes juridiques ? Ce terme a tant servi les idéologies les plus meurtrières, à commencer par celle de Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882), pour qui il y avait sur terre trois grandes races primitives : la noire, la blanche et la jaune. Selon la thèse de ce père parmi d'autres du racisme, les races n'étaient pas inégales en valeur absolue mais dotées d'aptitudes particulières. Surtout, pour lui, le métissage conduirait à la dégénérescence de la population humaine. Le terme de « race » a été ensuite utilisé au XIXème siècle pour distinguer des groupes humains en fonction de critères arbitraires : religion, nationalité, couleur de la peau, origine géographique... Ces théories ont servie de fondement scientifique à des idéologies conduisant à la mort de millions de personnes. Ces termes sont encore souvent mobilisés par des politiques prônant des idéologies racistes.

En 1952, Claude Lévi-Strauss publie "Race et Histoire", dans lequel il critique la thèse de Joseph Arthur de Gobineau. Pour Claude Lévi-Strauss, s'il n'existe pas de "races humaines" en soi, on peut observer une "pluralité humaine" sans qu'aucune hiérarchie liée à ces observations ne puisse être établie. Depuis le milieu du XXème siècle, les études scientifiques, sur la génétique notamment, démontrent que le concept de "race" n'est pas pertinent pour caractériser les différents sous-groupes géographiques de l'espèce humaine. En effet, la variabilité génétique entre les individus d'un même sous-groupe géographique est plus forte que celle observée entre sous-groupes géographiques. La biologie et la génétique nous enseignent que l'espèce humaine est une. Le consensus scientifique réfute ainsi la notion de "race". 

Il n'y a donc pas de place pour le mot race dans nos textes de Droit. Mais la disparition du mot " race " de notre ordre juridique ne conduit nullement à faire disparaître dans le même temps le racisme, ni la condamnation du racisme qui s'impose lorsqu'il est constaté. Mais le code pénal peut-il fonder une incrimination sur "l'appartenance réelle ou supposée à une race" sans valider le concept de "race" ? Les mots sont cruciaux en la matière, ils véhiculent des symboles et des représentations, et " mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde " nous apprend Albert Camus. 

Le droit ne peut mobiliser les termes des préjugés. François Hollande, alors en campagne pour la présidence de la République, avait prévenu que le mot " race " n'avait pas sa place dans notre ordre juridique, et s'est engagé à le supprimer de notre Constitution. 

La suppression du mot " race " de notre Constitution et du Droit trouve ainsi son fondement dans la profonde ambiguïté qui traverse ce terme, son absence de fondement scientifique et son héritage de la sombre période de Vichy. Aucun des arguments s'opposant à cette suppression ne résiste à l'analyse. Il faut supprimer le mot race de notre Constitution. 

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