FH

Folie financière : nous étions consentants

texte publié le 29-05-2013

 On peut considérer avec le Président François Hollande que, si la crise économique et sociale bat son plein, la crise financière, elle, est derrière nous. Mais l'effet politique de cette crise financière est sans doute d'avoir modifié pour longtemps la vision qu'ont les citoyens de notre monde, qu'ont les Français de leur Etat. Quelles leçons peut-on tirer de cette crise ?

La première leçon pourrait se loger dans l'affaire Bernard Madoff. Au-delà du scandale, cette affaire a soudain mis au grand jour la logique financière qui a guidé l'intelligence humaine des salles de marché et dans le même temps nourrit l'imaginaire collectif : la recherche du profit immédiat, colossal, voire obscène, et sans trop de travail, voire en jouant avec les lignes du droit, au nom par exemple de l'optimisation. Ainsi sa fraude colossale, unanimement condamnée, a conduit certains à dire que "Bernard Madoff était allé trop loin", admettant en filigrane que tout le système allait dans la même direction. 

Deuxième leçon : la faillite d'une banque obscure, Lehman Brothers, a failli entraîner le monde avec elle. Cette faillite me rappelle les légendes anciennes relatant ces monstres sous-marins gigantesques et tentaculaires, capables d'entraîner par le fond les plus grands navires, terrifiant les marins les plus endurcis. Ainsi, même le navire Etat réputé solide ne pourrait résister à ces forces des profondeurs financières plus puissantes encore. Et en finance, ces créatures sont des produits humains qui échappent au contrôle des citoyens et des Etats, et peuvent tout détruire. L'être humain a lui-même créé la force qui peut l'anéantir.

Troisième leçon, un séisme financier peut désormais faire bondir la dette publique des Etats de 25 points de PIB ou davantage, déstabilisant jusqu'aux économies les plus robustes. Fin 2007, à l'aube de la déflagration financière, la dette publique française représentait 64% du PIB (1211 milliards €) ; fin 2012, elle représente 90% du PIB français (1834 milliards €) : 26 points en 5 ans qui donnent en quelques sortes une mesure de la vulnérabilité de notre Etat. Et cette fragilité est devenue tangible lorsque la question de la faillite de l'Etat grec a été publiquement posée. Puis lorsque ce fut le tour de l'Espagne et l'Italie. Dans ces conditions, en quoi l'Etat français serait-il moins vulnérable et comment pourrait-il nous protéger? Ainsi s'installe le doute, voire la défiance vis-à-vis de l'Etat. 

L'effondrement économique de pays comme la Grèce ou l'Espagne pousse-t-il les Français à douter de leur Etat? Un combat politique s'est engagé : l'Etat doit, par le désendettement, recouvrer sa pleine souveraineté, en dégageant notre système de la main invisible des marchés financiers. Faute de succès dans ce combat, l'Etat peinera à redevenir aux yeux des citoyens cet agent protecteur indispensable à la cohésion sociale.

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