FH

Quel pouvoir reste-t-il à l'Etat ?

texte publié le 29-05-2013

 Non, jeunes lycéens impatients, je n'ai pas trouvé le sujet du bac de philo 2013... mais lisez quand même et participez au débat ! Je propose de réfléchir à un sujet qui me préoccupe depuis plusieurs années : la compétence de l'Etat. Cette réflexion a été pour moi ravivées lectures ce sont d'une part ce petit texte très frais relayé sur le blog de Gérard Filoche, «Bravo le Medef !», d'autre part le poétique bréviaire de néolibéralisme d'inspiration germano-luxembourgeoise publié par la Commission européenne aujourd'hui sur les «Recommandations à la France». Oui, je suis adepte du grand écart mais à ma manière difficile à suivre, je parle du même sujet que l'ami Charles : quelle vision nous reste-t-il de l'Etat en ces temps de crise et de lectures germaniques ?

J'ai parfois un goût pour l'outrance et la provocation. A ce titre, force est d'avouer que le texte "Bravo le Medef !" est à classer définitivement dans la catégorie jubilatoire. Ce qui ne me force pas, évidemment, à soutenir la même motion que le camarade Filoche. Réquisitoire implacable des pouvoirs exorbitants qui se sont concentrés dans les mains portefeuilles des capitalistes (note pour moi-même : c'est chouette, un blog, ça permet de placer "capitaliste" pour la première fois depuis les dissertations d'économie marxisantes de ma jeunesse). Il faut absolument le lire.

Le bréviaire de Bruxelles est d'un autre type de jubilation. Celle de l'impression de déjà vu ou lu : je ne sais pas quelle est la part d'ironie du premier ministre quand il dit que ce texte "n'est pas une surprise" mais, franchement, quelle débauche d'énergie pour ne rien dire de nouveau, immensément relayée par les médias qui ont besoin de remplir des pages ou des minutes d'information continue. Bruxelles devrait d'ailleurs, à mon humble avis, mettre en ligne un formulaire avec les recommandations-types, 27 colonnes avec des cases à cocher, et ce serait bien plus efficace. Sur internet, pour l'écoresponsabilité.

Mais les deux me renvoient à la même question : quels sont aujourd'hui les pouvoirs de l'Etat en matière économique ? J'ai bien saisi, et je m'en réjouis, que l'Etat a encore quelque chose à nous dire sur le vivre ensemble, l'extension des droits (vive les mariés !) et quelques petites choses encore sur les services publics (éducation, droit des consommateurs, sécurité...) Mais sur le plan économique, que reste-t-il ? Si Bruxelles a le pouvoir de tant "recommander", que nous reste-t-il ?

Bravo le Medef... et mieux encore, bravo pour l'aveu d'impuissance de l'auteur du texte. Au-delà de l'outrance, certes jubilatoire, ce texte me semble en effet d'une grande justesse d'analyse de notre situation, celle où le pouvoir économique échappe à la maîtrise collective au travers de l'action de l'Etat. Comment pouvons-nous considérer que l'emploi (ou plutôt l'absence d'emploi) appartient au champ du débat et de l'action politique ? Alors que tout le pouvoir appartient déjà au Medef, de l'avis même de Gérard Filoche, c'est dire...

N'est-il pas l'heure de nous poser quelques jours et réécrire ce que nous attendons de l'Etat, quel pouvoir nous lui confions collectivement, et accessoirement s'il reste une place pour le Medef dans le dispositif ?

Voilà, j'ai lancé le débat. Je n'ai pas la solution. Je ne blogue pas pour donner des solutions mais pour lancer les débats. Vous avez 4 heures.

André Guérande @AndreGuerande

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