FH

Mettre en pièces l'extrême droite

texte publié le 07-06-2013

L'analyse des victoires l'extrême droite dans les pays de l'Union européenne et en l'occurrence en France, a fait la part belle aux changements de la société. Les partis politiques classiques ne seraient pas parvenus à répondre aux besoins de leurs électorats, abandonnant même certains d'entre eux, comme les ouvriers. Des vides politiques dans lesquels se seraient engouffrés de nouveaux mouvements sociaux, notamment d'extrême droite. Certes. Mais ce serait renvoyer les partis d'extrême droite à une passivité qui n'est pas dans leurs habitudes. Eux aussi ont pris des initiatives, et leur envie de conquête a renforcé leur socle politique. Certains partis d'extrême droite ont su s'organiser et saisir les opportunités qui se présentaient, de se loger dans les niches politiques que les paris traditionnels tendaient à oublier, comme l'immigration, les questions liées à l'intégration européenne.

Certes, les partis d'extrême droite gagnent en audience lorsque les partis dits traditionnels laissent entendre qu'ils convergent dans leurs politiques et échouent. Les partis d'extrême droite peuvent alors fusionner dans leurs discours les gouvernements de gauche et de droite dans un même échec, ce qui leur ouvre un espace pour discourir sur l'exigence d'une alternative. En somme, cette convergence apparente serait le triomphe de la mondialisation libérale aux dépens du territoire. Car la clef de voûte et paradoxalement la faiblesse de l'extrême droite est le territoire national. 

Pour mettre en pièces l'extrême droite, il faut détruire ce qu'elle pense être ses points forts, et qui sont en réalité ses faiblesses, ses contradictions et ses absences. 

L'extrême droite veut aujourd'hui incarner l'opinion politique démocratique issue de la base. Bel oxymoron pour une idéologie qui ne supporte pas la contradiction, et encore moins la diversité. Dans les faits, elle est profondément ancrée dans la notion d'ordre, qui ne supporte pas la divergence d'opinion, ne tolère aucun écart de point de vue... Or la protection de la minorité est au fondement de la démocratie. Plus on varie le débat, plus on diversifie les opinions, plus on favorise la négociation, plus l'extrême droite se perd et s'éparpille dans sa confrontation à une nuée de points de vue. 

En outre, les partis d'extrême droite critiquent la mondialisation, mais sont incapables d'offrir une alternative crédible à cette évolution, sauf à enfermer les citoyens dans les nations, voire à refermer les nations sur elles-mêmes, dans une sorte de tombeau national. La première crainte des citoyens n'est pas la mondialisation, mais leur devenir dans la mondialisation. Ne pas répondre à cette question, ne pas dire que chaque peuple, chaque individu peut être fort dans le grand village, revient à laisser l'extrême droite dire que seul le nationalisme est la solution. Et même si l'extrême droite se plaît à répéter à sa cible électorale, le travailleur ouvrier blanc de sexe masculin, qu'un immigré lui a volé son emploi, il faut lui demander comment elle lui fournirait un autre emploi... ou de préciser que sa promesse est de redonner le même emploi à chacun, dans un immobilisme mortifère. 

Il faut dire et redire que l'on ne craint pas l'altérité, l'autre, que l'on souhaite la diversité, que notre proposition est cosmopolite, en opposition au nationalisme rétréci. Nous devons proposer le désordre du débat et de la controverse, à l'ordre établi et conservateur des idées. Nous devons bâtir le projet de l'égalité sur la la multiplicité des facettes de chaque individu, et combattre à partir de là le projet hiérarchique de l'extrême droite. Il nous faut proposer un projet collectif qui suscite l'adhésion de tous ces individus, plutôt que de laisser croire que les séparations et les cloisons protègent. Nous devons affirmer que la réalité de la diversité culturelle, que la diversité des facettes de chaque individu est non seulement compatible mais nécessaire aux besoins d'égalité et d'impartialité des pouvoirs publics. 

C'est ainsi que nous mettrons en pièce l'extrême droite.

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