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Cette France séduite par le discours maurrassien du FN

texte publié le 28-06-2013

D'une manière générale, la France n'aime pas l'économie de marché. Ce qui tend à l'éloigner de l'Europe telle qu'elle se construit, telle qu'elle se négocie, et lui fait préférer le repli dans l'illusion d'une Europe française. Il est une France « populaire et de la terre » qui se méfie du monde qui change, du monde futur qui vient d'ailleurs et la remet en cause. Cette France est sourde à cet avenir qu'elle ne maîtrise pas, le bruit du futur et la fureur du monde l'inquiètent.

Cette France appelle ainsi de ses voeux un régime politique contradictoire. Elle veut qu'on la laisse " tranquille " et qu'on la protège. Elle veut un régime qui laisse aux pays, aux villages, aux liens locaux, le soin d'organiser leur solidarité (souvent très robuste) indépendante de l'Etat (donc de l'impôt), de conserver leurs traditions, tout en exigeant qu'un leader conduise avec fermeté la Nation au sommet du monde. Bonapartiste, nationaliste, populaire, cette France est dans le fond maurrassienne au sens de la " défense de la Nation " et de la " dénonciation de l'ennemi intérieur ".   Ce qui n'a pas échappé au FN.

Alors que la gauche réformiste est sans voix face aux questions de cette France inquiète, l'extrême droite, elle, lui répond, lui propose une doctrine populaire pétrie de nostalgie, de " bons sens ". Ce qui fait rêver l'extrême gauche, saturée de romantisme suranné, d'être la future résistance au FN s'il accède au pouvoir. 

Le FN répond au paysan qui nourrit à perte les Français urbains qui exigent dorénavant des kiwis bio bon marché. Il répond à l'ouvrier qui refuse de voir son outil de travail partir à l'étranger. Il parle aux périurbains qui se lèvent tôt, très tôt, pour travailler dur et réussir sans jamais bénéficier de la reconnaissance sociale, et ne comprend pas pourquoi ce même Etat assiste "l'ennemi intérieur qui ne travaille pas". Le FN parle à cette France-là et peu à peu, séduit au-delà des milieux traditionnellement sensibles à ses thèses. 

Il est temps que la gauche réformiste se mette à parler à ces exclus des effets de la mondialisation plus ou moins heureuse, qu'elle leur offre la reconnaissance qu'ils méritent lorsque le travail leur permet de réussir. Il est temps que la gauche parle aux 3,2 millions de PME qui portent 52% des salariés qui vivent au quotidien la peur de tout perdre. Il faut que la gauche apprenne à tenir le discours de la montée en gamme de nos industries et dise sans hésiter que la délocalisation peut être un bien. Être de gauche, c'est vouloir le développement des pays moins riches, ce qui exige de leur transférer une part de notre capital. A condition que les salariés concernés soient accompagnés vers d'autres exercices de leur savoir-faire, dont ils pourront être fiers. A condition qu'ils soient co-acteurs de la montée en gamme de leur outil de production. 

La gauche doit se saisir des problèmes de violences, " religieuses " ou autres, dans les écoles ou dans la rue, le refus de suivre certains cours au motif d'idéologies que l'on voit, stupéfaits, renaître. Le comble serait que, à force de laisser ces espaces vides de réponses, le FN devienne le dernier défenseur de la laïcité parce que la gauche préfèrerait dire, avec Jean-Louis Bianco, qu'il n'y a pas de problème de laïcité, par peur de stigmatiser des populations. La gauche ne doit pas craindre de dire que l'intégration ne fonctionne pas et doit être repensée. Elle doit parler des "territoires perdus" de la République et repartir à leur conquête, sans craindre de faire face aux problèmes qui y ont prospéré. 

Il n'y a pas de sujet tabou. La gauche doit comprendre que c'est faire le jeu du FN que de dire qu'il faut éviter d'aborder certaines questions par crainte de faire le jeu du FN.

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