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De Florange à Saint-Jean de Maurienne : le silence est le sanctuaire de la prudence

texte publié le 15-07-2013

Plus d'une année de négociations. Rio Tinto Alcan (RTA) souhaitait céder son site de Saint-Jean de Maurienne. La transaction mettait en jeu plusieurs acteurs : RTA, Trimet, le repreneur potentiel, EDF... Samedi 13 juillet, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, accompagné du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, s'est rendu en Savoie, à Saint-Jean-de-Maurienne, pour saluer la cession du site de production d'aluminium par RTA à Trimet, une entreprise industrielle allemande. 510 emplois ont ainsi été sauvés.

"Après avoir échoué dans l'acier, on réussit dans l'aluminium" s'est exclamé Arnaud Montebourg, subtile allusion à la difficile négociation du dossier des hauts-fourneaux de Florange avec ArcelorMittal. Que signifie en fait cette déclaration? Loin d'une provocation, Arnaud Montebourg dit en fait que les erreurs de Florange n'ont pas été répétées en Savoie. Quelles erreurs? Vouloir instrumentaliser une situation industrielle à des fins politiques. A Saint-Jean de Maurienne, pas de menace de nationalisation transitoire assortie de faux repreneurs. Les arguments politiques de combat contre le mal incarné par une multinationale ont cédé la place à des négociations menées dans la discrétion, sans drapeau déployé sur des barricades imaginaires. 

Le repreneur, Trimet, qui a négocié avec Rio Tinto Alcan et EDF, est un vrai industriel, avec un projet technologique, une ambition. Il ne fait pas partie de ces financiers de l'industrie qui reprennent des sites à bas prix pour les revendre à la découpe. Il suffit d'observer ce qui se passe en Belgique pour comprendre le sort qui était réservé à Florange en cas de nationalisation transitoire (transaction en fait impossible juridiquement) : fermeture de hauts-fourneaux, licenciements... Florange aurait été vendu à la découpe par la finance industrielle. 

En vérité, dans sa déclaration, Arnaud Montebourg confirme que l'industrie a besoin d'industriels et non d'agités des médias ou de prédateurs financiers, qu'un accord industriel solide est toujours le fruit d'un travail qui exige discrétion, calme et sérénité. Ce qui n'empêche pas, bien entendu, de vérifier l'acceptabilité sociale de l'accord. A Florange comme à Saint-Jean de Maurienne, tous les emplois ont été sauvegardés. Et dans le cas de Florange, au-delà des 650 emplois sauvés sur le site, l'accord a d'évidence permis de mettre les 20.000 emplois du groupe ArcelorMittal en France à l'abri. 

Dommage que le succès à Florange ait été masqué par le bruit et la fureur médiatique, même si ce qui compte, in fine, c'est que le résultat soit bien là.

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