FH

La vie cruelle de nos dirigeants politiques

texte publié le 20-12-2013

Je veux parler de nos dirigeants politiques. Ils ne sont de nos jours que rarement rois ou reines, mais plutôt des présidents ou des premiers ministres, élus par leur peuple ou leur parlement. Mais tous sont suivis d'un petit peloton de courtisans, de ces petites cours d'où ont disparus les vrais bouffons avec leur franche insolence salvatrice.

La vie du dirigeant politique est exigeante, harassante, épuisante. L'élu politique porte le fardeau de la souffrance des autres, il endosse le manteau des doléances et revendications. Il s'est fait élire en prenant position pour et contre, renonçant bien souvent pour cela à la pensée, trop subtile, pas assez tranchée, pas assez binaire. Il s'est fait élire en acceptant de jouer des années durant un jeu pénible et cruel, parfois, voire souvent, humiliant, pour obtenir le soutien et la logistique de son parti. Le poids de ce fardeau est impensable. 

Vu ainsi, la vie du politique ne donne pas envie: aucun espace pour la vie privée, aucun espace pour baisser la garde le temps d'un dîner. Et au bout du chemin, la féroce concurrence que leur livrent celles et ceux qui veulent sa place, le pousse vers un vide soudain, vertigineux, létal en fait. A cette aune, aucune personne sensée ne voudrait de cette vie pour porter ce fardeau et finir sans doute seule: "4.000 contacts et pas un ami" constate au fond de sa voiture Bertrand Saint-Jean, ministre des transports dans "l'exercice de l'Etat" tandis que Gilles, son directeur de cabinet déclame seul chez lui de grands discours, ses seuls compagnons, en se préparant une omelette... Une vie triste. Mortelle. Décidément, la politique est un exercice terriblement solitaire et cruel.

Dès que le politique accède au pouvoir, il est happé dans un TGV qui fonce dans un tunnel de décisions, décisions qu'il doit prendre en visant à l'intérêt général, en exigeant - le plus souvent - de ses équipes le strict respect des règles éthiques que les lois qu'il a fait adopter supposent, cherchant surtout et avant tout à survivre dans ce champ de mines où il doit piquer un sprint, éviter les embûches, vivre le sourire aux lèvres dans ce climat de haine et de peur, sachant in fine combien sa position est précaire, que ses nuits sont courtes et écrites en morse. J'admire la lucidité de celles et ceux qui gardent la tête froide et reste insensibles aux ronds de jambes obséquieux de ces équipes qui les entourent. 

Mais quelle folie saisit donc ces femmes et ces hommes de renoncer à la tranquillité d'une vie apaisée, cultivant les liens d'amitié et l'amour de sa famille? L'argent, diront sans réfléchir certains. Mais au regard des salaires des dirigeants et cadres de certaines entreprises, l'argument est bien dérisoire. 

Gardons en tête que les politiques, au-delà des idées qu'ils portent, de l'indignation qui les fait se lever, sont fondamentalement des compétiteurs.

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