FH

Les dangers de la vanité allemande

texte publié le 21-11-2014

Le commissaire européen à l'économie numérique, Günther Oettinger, a publié une tribune dans Les Échos dans laquelle il appelle à des sanctions contre l'État français, ce "déficitaire récidiviste".

Que les Allemands aient su procéder à cet indispensable examen de conscience, ce retour sur eux-mêmes, sur cette période terrible du nazisme, est un exemple historique tout à fait remarquable. Plus que cela, les Allemands partagent pour beaucoup le sentiment d'avoir dépassé ce stade, tout en sachant que cette dette ne peut s'effacer, mais qu'ils ont su se redresser, refaire de leur nation un modèle, un poids politique européen majeur.

En écho à ces incontestables succès, Helmut Schmidt a mis en garde le peuple allemand en décembre 2011, au congrès du SPD. L'ancien chancelier, alors âgé de 92 ans, avait alors retracé dans un discours exceptionnel l'histoire de l'Europe du XVIIe siècle à nos jours, et rappelé que, en raison de ce passé nazi, l'Allemagne ne peut pas être "un pays normal". Il n'hésita pas non à surprendre son monde en le mettant en garde contre "la vanité nationale-allemande" de certains membres de l'actuel gouvernement, et en filigrane, celle et ceux qui adhèrent à ce travers du gouvernement,

A mon sens, ce gouvernement est en toute rationalité conscient de ce que les excédents allemands sont les déficits des pays partenaires de l'Union européenne. Mais la politique a ses raisons que la raison ignore : l'électeur conservateur (ou pas d'ailleurs) allemand n'est-il pas tenté par le raisonnement simpliste selon lequel "si l'Allemagne a procédé à cet examen de conscience, a travaillé si dur pour redevenir une puissance, alors chaque pays doit faire de même. Et pourquoi payer pour les autres?"

Ce raccourci trouve toute son expression dans les urnes... Et plutôt que de tenter d'expliquer combien l'Allemagne dépend de l'Europe et ce qu'elle doit à l'Europe, ne serait-ce que pour sa réunification, plutôt que d'affirmer avec Helmut Schmidt le "devoir de solidarité [de l'Allemagne] avec ses voisins", ce qui lui a valu une très longue standing ovation, Günther Oettinger, lui, préfère nourrir et se nourrir de la vanité allemande...avec tous les dangers de rejet de l'Allemagne, de l'Europe, des autres en général, que cela comporte...

> soyez le premier à commenter ce billet

© 2010-2018 - François Hada