FH

Un café avec Stéphane, le breton

texte publié le 12-04-2015

J'allais au marché, je traversais la place de Clichy pour rejoindre les Batignoles. Il était allongé au milieu du trottoir, contre un poteau, le long du caniveau, en travers du passage pour traverser. Plusieurs personnes lui ont demandé "si tout allait bien"... Étrange question, qui vient spontanément pour se protéger de la souffrance de l'autre. 

Un jogger anglophone et moi nous sommes approchés.

 "J'ai besoin de parler. Et puis j'ai faim... Je suis à bout..."

Le jogger lui a tendu la main pour l'aider à se remettre debout...puis est reparti courir.

"J'ai besoin de parler... J'ai faim... Je suis à bout...j'ai besoin de parler. Tu veux pas pendre un café avec moi?"

"J'ai rendez-vous..."

"Cinq minutes?... Cinq minutes..."

"Ok... On va où?"

"Où tu veux..."

Nous sommes allés dans un café. En regardant une vitrine de desserts, je lui ai demandé s'il voulait quelque chose à manger... "Non...je suis diabétique..."

On a juste pris un café. A l'étage. C'était une salle tranquille et ensoleillée. Stéphane a pris un espresso et moi un café allongé. Il était agent commercial, il a tout perdu lorsque sa femme l'a quitté, emmenant son fils, lorsqu'il a perdu son permis de conduire, son logement... Il est monté à Paris pour trouver un emploi. Il vit dans la rue. Cette histoire, je l'ai tellement lue. Mais nous ne sommes pas dans la théorie.

Stephane raconte, dit qu'il veut retourner en Bretagne, voir son fils, travailler dans une exploitation agricole, qu'il a peut-être un plan dans l'ostréiculture, cet été, il parle encore et encore, pose des questions, sur la politique, sur ma vie, rit à mes blagues (pourries), s'inquiète de l'actualité. Il lit la presse, tous les jours, dort à l'arrache dans des parkings, se fait jeter à l'aube, bouge tout le temps. Les associations n'ont plus les moyens de l'aider, il s'est fait voler ses papiers. Il est fatigué, à bout... Il contient ses larmes. Puis il rigole. Peut-être parce que ça fait du bien ou pour penser à autre chose.

Je lui ai donné de quoi prendre un train pour la Bretagne et louer quelques jours une caravane. On pourra me traiter de naïf, on pourra dire que je me suis fait avoir... mais Stéphane est à la rue. Et s'il lui manque juste cette somme pour se remettre debout seul, alors c'est déjà ça... Je lui ai donné mon adresse. Il a promis de m'écrire. J'espère avoir de ses nouvelles. Pas par méfiance, pas pour vérifier qu'il est bien rentré en Bretagne, mais pour savoir s'il s'en est sorti.

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