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Là où nous conduit la logique du pacte de sécurité

texte publié le 18-02-2016

Le terme de sécurité structure nos débats politiques: terme nécessaire, car l'Etat se doit de nous protéger. Ainsi, le rapport de l'État à la population repose sur un pacte de de sécurité. 


Et ce pacte évolue.

Jadis, l'Etat garantissait la paix contre l'ennemi extérieur: il garantissait ainsi, contre le respect de son autorité, la possibilité d'une prospérité à l'intérieur d'un territoire donné. 

Dans ce cadre de sécurité, l'Etat a ensuite développé une assurance contre les risques intérieurs : assurance maladie, assurance chômage, assurance vieillesse, assurance contre les catastrophes naturelles...mais aussi assurance répressive contre la délinquance, assurance de l'isolement des criminels... La prison est devenue la frontière intérieure de la société: ce qui n'est pas compensable immédiatement sera au moins temporairement isolé: garantie - au moins temporaire - contre la récidive.

L'abolition de la peine de mort est à ce titre une avancée politique majeure : à l'extermination d'un problème insolvable, se substitue l'isolement long, dans l'espoir de redresser un comportement... Le codicille de cette avancée et du pacte de sécurité en général, c'est qu'en cas d'absence de succès, le renforcement de la surveillance policière devient nécessaire.

Mais aujourd'hui, nos frontières sont poreuses: fait de la mondialisation, elles sont même béantes. Et par conséquent, les assurances intérieures sont contestées de l'extérieur. Pire: l'ennemi terroriste peut pénétrer le territoire. La punition est soudain insuffisante. Cela vaut pour les entreprises qui installent leur siège dans des paradis comme pour la contestation violente de l'ordre intérieur, le terrorisme.

Si l'État veut garantir la sécurité, il va devoir intervenir autrement que par la sanction. Politiquement, je dis bien politiquement, la loi ne suffit plus. Le caractère "extra légal" du terrorisme, c'est à dire le fait que la loi punitive ne suffise plus à l'endiguer, déclenche un réflexe: à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le message politique dessine alors un formidable retour sur le cadre punitif: puisque l'Etat se doit de vous protéger, lorsque l'atroce intervient, lorsque l'extraordinaire survient, alors il se doit d'intervenir avec les moyens extraordinaires que la situation exige.

Le terrorisme provoque la colère de l'Etat parce qu'il percute le pacte de sécurité initial, au sens de l'assurance. Le terrorisme démontre que l'Etat ne peut plus garantir aux personnes qu'elles sont à l'abri. Et cela est intolérable, pour la population comme pour l'Etat, car par définition, le terrorisme insécurise la vie de tout le monde, mais aussi - et surtout - le rapport de chaque individu aux institutions de protection. Dans ce cas, pourquoi payer des impôts? Pourquoi obéir aux lois?

Le seul discours possible devient celui de l'élimination... Donc de l'exclusion si l'on refuse la peine de mort. D'où la déchéance de nationalité, le bannissement de la Cité, pour recréer un semblant d'étanchéité des frontières.

Le discours politique mobilise alors l'anxiété diffuse et en somme toujours entretenue par le pacte de sécurité. La sécurité à tout prix ou presque... Quitte à la placer au-dessus des lois. Dans la Constitution pour commencer, mais surtout dans les esprits. La sécurité devient plus que jamais le vecteur d'immixtion de l'Etat dans la vie de chacun, et chacun en devient aussi le véhicule...

Le mouvement est puissant. Peut-on l'inverser ou le stopper? J'ai dans l'idée qu'un discours s'opposant à ce discours suppose une réforme de fonds des esprits, non pas de manière totalitaire, mais par l'ouverture psychologique de chacune et chacun à l'autre. L'altérité en est une clef. L'altérité peut-être notre révolution politique. Elle exige l'expérience de l'autre, de ce qui est différent, et elle est la condition de l'autre au regard de soi... Pour sortir chacun d'entre nous de la solitude qui désespère et de l'isolement qui angoisse, il nous faut prendre le chemin de la connaissance et de la socialité. Rencontrer autrui induit alors un engagement réciproque, une responsabilité l'un vis-à-vis de l'autre, une nouvelle proximité avec l'autre... Alors peut-être seulement l'exclusion pourra être bannie de nos esprits comme une solution miracle à l'intolérable...

1 commentaire

Sécurité n'est elle pas à la base de la pyramide des besoins ayant aux sommets la liberté l'égalité et la fraternité?

Ce que je reproche c'est les discours catastrophiques et anxiogènes de Hollande en cette matière...il transmet son angoisse...
Je préfèrerais un discours déterminé : Nous agissons pour votre sécurité, l'état vous garantit tout mettre en son pouvoir pour....,nous sommes fort, nous vaincrons yes we can!
Tout est dans le discours chez Hollande qui conte les détails de la difficultés en cuisine plutôt que de livrer le plat alléchant....Le premier vendeur, le premier médecin, le premier serveur, qui m'aurait parler ainsi m'aurait rendue depressive....

Caroline - 02/03/2016 18:46

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