FH

Le plan secret du gouvernement pour relancer l'emploi

texte publié le 23-02-2016

Et si cette loi réformant le marché du travail, et dans le même temps le travail tout court, visait avec d'autres mesures à enrichir au moins à court terme le peu de croissance en emplois?

Car à ce stade, la croissance est insuffisante pour créer des emplois. Il faut autre chose. Il faut un plan qui boucle et enclenche un cercle vertueux croissance-emploi...

Cela se ferait au constat suivant : le risque déflationniste invite de toute urgence à relancer la demande, comme l'OCDE l'appelle de ses voeux. L'urgence vient de ce qu'il faut mobiliser les liquidités massives injectées par la BCE dans l'économie. Certes, les quantités de monnaie dont on parle ici sont monumentales au regard de l'économie française, même si la France est toujours une puissance et que c'est tant mieux. Mais si le plan de relance est coordonné à l'échelle européenne... Pourquoi pas... On peut rêver un peu, non? Après tout, Angela Merkel accueille bien des réfugiés de guerre...

Mais cela ne suffirait pas: la seule relance de la demande ne créerait pas d'emplois à court terre, mais dégraderait notre balance extérieure. Il faudrait donc que l'Etat se prête au jeu des commandes ciblées, pour privilégier - en vague contravention avec les accords européens - les entreprises produisant sur le territoire français. Cela n'interdira pas la dégradation de la balance commerciale. Mais au moins, les entreprises seraient davantage disposées à embaucher.

Or je crains que là aussi, ce plan butte sur l'écart entre leurs besoins en qualifications et les qualifications de nombreux demandeurs d'emplois. En fait, trop de chômeurs sont restés éloignés du marché du travail pour profiter de cette dynamique et pour pouvoir se porter sur le marché du travail à leur avantage.

La politique du début du quinquennat visant à "muscler" notre appareil de production, consiste en grande partie à avoir fait monter en gamme notre industrie. Mais cette montée en gamme n'a de sens que si la main d'oeuvre monte elle aussi en gamme.

Mais alors, et si le plan de formation prenait enfin vraiment forme? 500.000 chômeurs en formation? Pourquoi pas... Il faudrait un plan de financement: les Opcas*? Oui, pourquoi ne pas mobiliser les fonds destinés et très mal employés pour la formation continue à la formation des personnes sans emploi? Ce serait dans l'intérêt des employeurs qui ont besoin de salariés qualifiés, et des syndicats qui se battent pour que chaque chômeur retrouve un emploi.

On aurait des candidats aux postes ouverts mieux armés pour répondre aux besoins des employeurs.... Et les employeurs seraient enfin moins averses au risque...ou plutôt rassurés par la réforme du droit du travail les autorisant à "ajuster" leur masse salariale et les horaires en fonction du cycle de la demande. Autrement dit à faire faire des heures supplémentaires pas chères si les commandes accélèrent et se séparer de salariés si le marché se retourne... Et puis comme disait Keynes, un économiste libéral, l'inflation abaisse toujours le coût du travail. Alors si ça marche...

On aurait tous les ingrédients d'un retour vertueux de la croissance et de l'emploi, et très accessoirement les conditions d'une candidature à la présidentielle... tant qu'il y a de la croissance. Un rééquilibrage du texte serait évidemment nécessaire. Mais enfin, ce ne serait qu'un rééquilibrage...

Sont-ce bien là les objectifs de ces annonces ? Mais pourquoi ne pas le dire, alors ? C'est en montrant le chemin que l'on suscite l'adhésion au projet, pas en taisant ses objectifs. Ou alors je rêve...ou suis cynique... même si ce schéma reste un plan de court terme.

* Les organismes paritaires collecteurs agréés (par l'État) ou Opca, sont des structures associatives à gestion paritaire qui collectent les contributions financières des entreprises qui relèvent de son champ d'application dans le cadre du financement de la formation professionnelle continue des salariés des entreprises de droit privé.

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