FH

Sommes-nous à la veille d'une explosion sociale?

texte publié le 25-02-2016

Les marchés sont-ils totalisant, totalitaires? On désigne par totalitarisme les idéologies qui nient toute autonomie à l'individu et à la société civile au profit d'une vision moniste du pouvoir et du monde, dans tous les aspects de la vie humaine... 

Plus qu'un régime politique en fait, le totalitarisme est une dynamique d'autodestruction par la dissolution des structures sociales. L'individu isolé perd son autonomie, y compris de pensée.

Le marché, lorsqu'il n'est pas régulé et qu'il développe en conséquence un fonctionnement hégémonique étouffe et interdit l'expression différente. Il est le lieu où est répété jour après jour ce que la raison commande de penser, de faire. Il norme de ce fait nos comportements. Il justifie tout. Nulle pensée hors du marché. Nul espace pour les idées différentes sans être marginales. La raison de marché doit avoir raison de tout. Il est en un sens totalitaire.

La recherche permanente de l'efficience instaure bien entendu des modes de travail aliénant, destructeurs, dont le burn out est un symptôme. Elle étouffe l'individu dans une contradiction: rechercher l'efficience humaine à l'heure où la créativité et donc l'avenir des entreprises repose sur de l'immatériel, sur des partages d'idées, des collaborations, de la responsabilité, de l'initiative. Les cotations boursières brident alors le développement des entreprises. Paradoxe de notre époque, la compétitivité est donc devenue sa propre ennemie. Lorsque la recherche de l'efficience des marchés est au fondement de tout, ou de beaucoup trop, alors au nom de la compétitivité, tous les coups deviennent permis. Et dans le fond, Madoff n'a fait que révéler au monde stupéfait, lorsqu'il s'est fait prendre, non seulement qu'il avait triché dans des proportions jamais atteintes, mais aussi et surtout que dans le fond, il avait prolongé cette logique totalisante du profit à tout prix...et que nous sommes déjà dans son sillage.

Et ce ne sont pas les textes bien sentis qui dénoncent, s'indignent, préviennent, avertissent, qui apporteront un espace aux pensées alternatives, aux réponses qui font sens... Ces tribunes médiatiques sont en complet décalage avec la réalité. Elles ne sont que des envolées qui s'envoleront, elles ne produisent pas de sens politique. Ces tribunes ne font pas la France. Elles ne sont qu'un produit, marginal, de la France des médias. Les tirades sur les valeurs ne peuvent répondre aux inquiétudes quant à l'avenir. C'est ne pas comprendre le monde que de situer encore le clivage politique entre le capital et le travail, entre la politique économique de la demande ou de l'offre. Les questions politiques concernent ce que la France va devenir dans le monde, ce que va devenir la France.

A force de tout normer par le marché, à force de brider les espaces de création et de déviance, à force de tout ramener au rationnel, la vapeur déborde et finira par soulever le couvercle. À force de ne pas doter le pays d'un projet qui ne se limite pas à de la bonnes gestion douloureuse, la pression monte, les contestations se multiplient, le recours à la violence se déploie.

Certes, les grèves d'aujourd'hui sont fragmentées. Mais elles ont une racine commune. D'Air France à Goodyear, de la contestation de l'état d'urgence à celle des lois El Khomri, Macron, un état d'esprit s'installe, s'accumule, comme un trait d'union potentiel?

Et si les frontières entre ces combats, ces revendications, entre des contestations catégorielles, venaient à se gommer ? A qui parlera l'exécutif ? Qui seront les interlocuteurs du pouvoir? Il s'en est fallu de peu que les bonnets rouges enflamment le pays... De très peu.

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